PREMIÈRE PARTIE
raie, et nous venons de voir en quoi notre raison fait consister cette beauté. Mais la laideur du visage de Socrate soulève une objection dont les empiriques se sont plus d’une fois armés pour combattre ceux qui admettent un idéal de la beauté physique. Socrate, de son propre aveu et de l’aveu de ses plus dévoués disciples, avait le visage de Silène. A l’aspect de sa figure, un certain Zopyre, habile physionomiste, prétendit qu’il avait des penchants bas et vicieux, et Socrate confirma ce témoignage en confessant qu il était né avec des appétits violents dont il n’avait triomphéqu’à force de volonté. Alais lorsqu’il s’animait en conversant avec ses disciples, peu s’en fallait qu’on ne le crût beau. Me peut-on pas conclure de là que tout visage humain est beau, à la seule condition d’exprimer la vertu ou le génie, et qu’ainsi la beauté physique n’est qu’une chimère?
Il v a dans cette façon d’envisager les choses du faux et du vrai. Mais quelle part de vrai, quelle part de faux ?
Les plus obstinés adversaires de l’idéal physique concèdent pourtant que certaines difformités sont absolument choquantes et laides ; ainsi un visage borgne, ou un bec-de-lièvre, une figure sans nez ou masquée à moitié par une tache lie de vin, ou un corps bossu. Recueillons cet aveu: car de deux choses l’une : ou le jugement qu’il implique est faux et inique, ou ce jugement se fonde sur l’existence de quelque loi qu’il faut découvrir.
Mais ou accorde davantage : on distingue fort bien une face grotesque, une caricature, d’un visage ordi-