‹ La science du beau, ses principes, ses applications et son histoireChapitre 104 sur 183 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

du beau. Mais c’est là un de ces jugements d’une confuse exactitude qui n’offrent à la science que la matière brute, quoique solide, sur laquelle elle doit travailler. Cela dit, il reste à savoir si le laid est purement et simplement la négation du beau, de telle sorte que pour obtenir la définition du laid il n’y ait qu’à biffer tous les éléments positifs de la définition du beau. Par cette voie, on aboutirait à affirmer que le laid c’est le néant. En effet, le beau étant défini : la force agissant avec toute sa puissance et conformément à l’ordre de sa nature, supprimez les trois éléments positifs de la définition, savoir la force, c’est-à-dire l’être, l’action puissante, c’est-à-dire la vie, et l’ordre, c’est-à-dire la conformité de la puissance à la loi, vous arrivez à cette formule: le laid, c’est le néant de la force, le néant de la vie et le néant des conditions de la vie : bref, le laid, c’est le rien.

Il faut le répéter ici : le néant n'est ni beau ni laid. La laideur, malgré tout, est une manière d’être, et le néant n ’est d’aucune manière. La laideur ne peut donc se rencontrer que dans un être. De plus, l’être qui u’esl doué d’aucune propriété ou faculté, c’est-à-dire d’aucune force, l’être qui n’est pas une force, n’a pas la force d’être, il n’est pas, et il n’est pas laid. La laideur est donc un caractère de la force. Enfin la force qui agit ou vit sans aucune puissance, si une telle force existe, ne se détermine d’aucune façon et n’affecte ni la forme de la beauté, ni celle de la laideur. Donc le laid est une force agissant ou vivant avec une certaine puisance. Ainsi voilà que la logique et la raison font entrer dans la définition de la lai-

THÉORIE

deur deux des éléments positifs de la définition de la beauté.

Donc une force qui, de belle qu’elle était, devient laide, ne devient pas pour cela le contraire d’une force, sa substance et sa nature de force demeurant; seulement l’un de ses caractères devient inverse. Or, comme le précédent caractère était l’œuvre de sa puissance agissant avec ordre, son caractère actuel sera encore l'effet de cette même puissance, mais agissant cette fois dans un sens contraire à sa nature et à sa loi. D’où l’on voit que la laideur doit être la force agissant avec puissance, mais contrairement à sa loi et à l’ordre de sa nature.

Cependant, prenons garde de céder ici trop complaisamment à l’entrainement de la logique, et serrons la question de plus près. Est-il bien possible que la laideur soit la force agissant dans un sens absolument contraire à son ordre et à sa loi? Mais sa loi et son ordre, c’est l’ensemble des conditions de son développement et de son être. La violation simultanée de toutes les lois selon lesquelles vil un être, ce serait sa vie tout entière rebroussant tout «à coup en arrière jusqu’il la destruction; et ainsi la laideur serait un retour rapide de l’être au néant. Or, il est sans doute des laideurs telles qu’elles causent la mort, mais c’est le petit nombre, et les êtres laids vivent souvent plus longtemps que ceux dont la beauté elle-même semblait avoir fait sa demeure.

Puisque la laideur vil et dure, toute laide qu’elle est, il faut qu’elle soit eu partie dans l’ordre, condition essentielle de l’être. Cependant, si la force laide

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