‹ La science du beau, ses principes, ses applications et son histoireChapitre 11 sur 183 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

— D’abord, personne ne s’y laissera prendre, pas plus qu’à des fruits de carton ou de plâtre. Mais mes yeux fussenl -ils dupes, ma raison ne le serait pas. Je saurais bien que je n’ai là que des apparences ; or, ce n’est pas l’apparence du beau qu’il me faut, c’est le beau lui-même. » Voilà certainement le langage que vous tiendra l’amateur, s’il a du bon sens. Traduisez scientifiquement sa réponse; elle signifie évidemment : 1° que, sous les caractères et les formes du beau, le sens commun entrevoit et affirme l’existence d’un principe essentiel et interne ; 2° qu’à l'inspection dos caractères et des formes qu’il nomme beaux, il reconnaît si ce principe est présent ou absent; 3° enfin que les caractères et les formes qu’il nomme beaux n’ont de prix a ses yeux et 11e sont pour lui le beau lui-même qu’au degré même où ce principe est présent sous ces formes et exprimé par elles.

O11 m’objectera, je m’y attends, que le sens commun se soucie tellement peu du principe interne de la beauté, qu’il admire des œuvres d’art, des peintures, par exemple, où assurément ce principe 11’esl pas. Je réponds que, lorsque le sens commun est appelé à se prononcer sur la beauté de deux imitations ou copies de la nature, quoiqu’il sache bien que ce ne sont que des copies, il les traite néanmoins comme la réalité elle-même, et son admiration est pour celle où il découvre au plus haut degré le mouvement de la vie. l’accent de la nature, en un mot, les signes de ce prin eipe interne dont nous parlons. C’est là, si l’on veut, de la métaphysique concrète et inconsciente, mais au fond cependant c’est de la métaphysique.

THÉORIE

Par ce qui précède, il est manifeste que la question du beau n’est pas insoluble, puisque sans être philosophe on la résout naturellement.

Mais la solution vulgaire, spontanée, naturelle, de la question du beau, en même temps qu’elle est juste, est essentiellement vague; et, nous l’avouerons sincèrement en faisant tout à l’heure le personnage du sens commun et en répondant pour lui, nous avons, malgré nous, communiqué h ses réponses un degré de précision qu’elles n’ont pas d’ordinaire. De même, l’idée du beau, telle qu’elle s’épanouit naturellement et spontanément dans l’esprit de tous, et qui règle les jugements ordinaires des hommes sur la beauté, manque de cette clarté qui fait les idées distinctes et qui caractérise les notions devenues rigoureusement scienlifîques; en sorte que si le sens commun ne se trompe guère sur les grandes différences, il hésite et erre fréquemment à l’égard des nuances et des degrés. I! n’est rien de moins rare que d’entendre la foule, et même ceux qui sont et se croient éclairés, confondre l’agréable avec le joli, le joli avec le beau, le beau avec le sublime, le ridicule avec le comique. Ces confusions émoussent le goût, troublent la critique, égarent les artistes. Pour y échapper, il faudrait réfléchir, il faudrait penser : mais le grand nombre n’en a pas le temps, les amateurs et les critiques en ont souvent la paresse ; quant aux artistes, leur affaire est surtout de sentir et, tout an plus, d’écouter de temps en temps ceux qui sont, par vocation et par nature, chargés de penser pour eux, pourvu que ceux-ci sachent se faire entendre, et éclairer, mais habilement et de loin,

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