PREMIÈRE PARTIE
que l’on invoque prouvaient que le principe de coi tradiction est un joug léger que l’esprit humain se coue ou brise quelquefois, il faudrait bien nou rendre à l’évidence. Examinons donc les exemple' sur lesquels s’appuie M. Dumont:, d’ailleurs ils son très-simples et faciles à discuter. « Un homme dis-i trait veut sorti]' d’un salon où il laisse nombreuse! compagnie; il se croit à la porte de la rue, et s’écrie : « Le cordon, s’il vous plaît! » Nous éclatons de rire: que s’est-il passé en nous 1 ? » M. Dumont est convaincu qu’à ce cri. par une erreur rapide comme l’éclair, mais néanmoins réelle, nous avons cru et affirmé que cet homme était devant la porte de la rue; puis que, revenus de cette illusion, nous avons nié ce premier jugement, et qu’ainsi l’élément intellectuel du rire, ou le risible dans l’esprit, c’est une affirmation tout aussitôt niée. L’auteur nous accordera, nous en sommes certain, que former un jugement et le détruire sont deux actes successifs, non deux actes simultanés, et qu’il est obligé, sous peine de se contredire, de modifier gravement les termes de sa définition. Mais il \ a plus : qu’il nous permette de lui demander si, lorsque son distrait a crié, en plein salon : « Le cordon, s’il vous plaît! » il s’est trouvé un seul assistant, nous disons un seul, capable de s’abuser au point de se croire, ne fût-ce qu’une seconde,
1 Çes exemples seront trouvés peut-être par trop simples. Nous avons cru devoir les reproduire, parce que l’auteur des Causes du rire les a pris pour base de son analyse, et afin de présenter exactement, et jusque dans sa forme extérieure, l’opinion que nous allons combattre.
T1I KOHI K .
près de la loge du concierge? Aqui fera-t-011 admettre que toutes ces personnes qui ont éclaté de rire ont toutes partagé, ue fùt-ce qu’un instant, l’erreur du distrait, que toutes elles ont affirmé instantanément que la porte du salon était celle de la rue, et qu’elles ont ensuite nié leur propre affirmation? A coup sûr, la compagnie a mentalement nié quelque chose; mais ce qu’elle a nié, c’est uniquement l’affirmation risible contenue dans le cri qu’elle a entendu. Au lieu d’appartenir à un seul et même sujet, c’est-à-dire au rieur, l’affirmation et la négation sont venues l’une du distrait, l’autre du rieur.
Le second exemple cité par M. Dumont tourne également contre la théorie, et la renverse au lieu fie la soutenir. Lu petit homme se baisse en passant sous une porte, et nous rions. « Nous l’avons vu faire un mouvement que font seulement les personnes qui sont de haute stature, et nous ne pouvons nous empêcher de penser tout d’abord que cet homme est grand ; mais en même temps notre attention se porte sur lui, et nous nous apercevons qu’il n’en est rien. Sa taille détruit le jugement que son geste nous avait suggéré. » Eh! mon Dieu non! Les choses sont autres, et beaucoup plus simples : avant, pendant et après son passage sons la porte, le petit homme a toujours été petit à nos yeux; sa taille n’a pas eu à démentir un jugement que nous n’avons pas formé, parce que d'avance elle l’avait rendu impossible. Encore une fois, nous reconnaissons avoir nié une certaine affirmation, mais cette affirmation n’était pas nôtre. Ce jugement, ou plutôt cette espèce de duperie, que l’on