DEUXIEME PARTIE
dérous d’abord l'homme, tjue le plus ignorant d'entre nous ignore encore moins que tout le reste. Enfin, dans I homme, envisageons d’abord la beauté de l aine, qui, de toutes, nous est la plus présente et la plus familière, puisque chacun, lut-il aveugle, en a le spectacle dans sa conscience et la mesure dans sa raison , comme il en a la cause dans sa liberté et l’instrument dans sa conduite.
Aux termes île notre théorie, l ame tout a fait belle est celle qui développe toute sa force conformément «a tout l’ordre île sa nature. Mais, quoique simple et une dans sa substance, l ame humaine est douée de plusieurs forces, la force ou faculté de sentir, c’està-dire d’aimer, de haïr, de jouir, de soulïï ir, la force ou faculté de connaître, la force ou faculté de vouloir librement ses propres actions. Chacune de ces facultés a son but particulier qu’elle doit atteindre, et son ordre particulier ou sa loi, c’est-à-dire des conditions lixes dans lesquelles il faut qu’elle s’exerce sous peine de manquer son but. Eu abusant de l’abstraction et du raisonnement, en perdant les faits de vue. on pourrait croire que chacune des facultés de l’âme a en elle-même de quoi poursuivre et atteindre sûrement son but en dehors de tout concours des autres facultés, et que par conséquent l’âme a trois sortes de beautés radicalement distinctes et indépendantes les unes des autres : la beauté sensible, la beauté intellectuelle et la beauté morale. Cette conclusion ne serait pas fausse, mais elle ne serait vraie qu’en partie. La sensibilité ou l’âme sensible, bien loin de pouvoir se montrer belle dans l’inaction des deux autres facultés,
LA NATURE ET DIEU
ne s’exercera réellement pas. De même, ni l’intelligence n’agira sans quelque coopération de la volonté et de la sensibilité, ni la volonté sans quelque coopération de la sensibilité et de l’intelligence. L’âme ne saurait se démembrer : elle vit tout entière avec toutes ses puissances principales, ou ne vit pas.
Lors donc que nous reconnaissons une beauté sensible, une beauté intellectuelle et une beauté morale, nous l’entendons d’une autre façon.
L’âme n’étant belle que par l’harmonie de ses forces composant ensemble une force unique, la beauté sensible se produira, non lorsque la sensibilité s’exercera seule et exclusivement, chose impossible, mais lorsqu’elle jouera le rôle de force prédominante, imprimant aux autres le mouvement, de façon à les rendre actives et ordonnées, et à tourner ensuite à son profit leur activité et l’ordre quelles auront établi dans l’âme. A son tour, la beauté intellectuelle se produira, non lorsque l’intelligence s’exercera seule et exclusivement, ce qui ne se peut, mais lorsque, force première et prépondérante, elle communiquera son propre essora l’amour et à la liberté, s’échauffant ensuite des ardeurs du premier et acceptant le joug salutaire de la volonté directrice. Enfin, la beauté morale paraîtra dans l’âme, non lorsque la liberté agira seule, auquel cas son ordre demeurerait inobéi, mais lorsqu’elle choisira le but à la lumière de la raison et y volera portée sur les ailes d’une passion noble et pure. Ainsi, chacune des beautés diverses de l’âme implique l’alliance de toutes les facultés de l’âme, sous l’impulsion première et permanente de l’une d’entre
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