‹ La science du beau, ses principes, ses applications et son histoireChapitre 126 sur 183 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

il besoin il 'aller plus loin et d’enfoncer davantage, et ne sommes-nous pas présentement assurés que si l’amour de la science et de la vérité, l’amour de la poésie et des arts, l’amour du bien et de la vertu, l’amour de Dieu, enfin, qui domine et résume tous les autres amours, embellissent lame, c’est qu’ils y allument le feu de la vie active et puissante, c’est qu’en même temps ils précipitent et retiennent les flots de celte vie frémissante dans les cercles immenses mais inflexibles, distincts mais concentriques, de l’ordre naturel, de l’ordre sensible, de l’ordre moral 1 ?

Ainsi que la sensibilité, l'intelligence a sa puissance et son ordre, par lesquels sa beauté est constituée et expliquée. .1 priori , notre théorie s’applique a l aine intelligente : à posteriori, les faits montrent que la beauté intellectuelle se ramène aux éléments qui nous ont paru être ceux de toute beauté.

Je dis d’abord qu'a priori notre théorie explique tout naturellement la beauté intellectuelle.

En effet, au premier coup d’œil, il est évident pour tout le monde que l’être sensible est pins beau de sa nature que l’être qui ne l'est pas, par cette seule raison que la sensibilité est une force et que l’être qui la possède est force et puissance à un litre de plus que celui qui en est dépourvu. De meme, il est évident que l’être intelligent est de sa nature plus beau que l’être qui ne l’est pas, par cette raison que l’être doué d’intelligence est force vivante à un titre de plus

1 Voir, sur les sentiments de l’àme étudiée au point de vue psychologique, le grand ouvrage de M. Ad. Garnier : Traité des facultés de l'âme, t. Ier, liv. IV.

LA NATURE ET DIEU

<]iie celui qui est privé de connaissance et surtout de raison.

Mais toute force, tant qu’elle n’est que virtuelle, n’est puissante et belle que virtuellement et non réellement. Elle sera belle si elle s’exerce avec plénitude et régularité : jusque-là elle n’est pas belle encore. Quoi qu’en dise une gracieuse et poétique légende, les abeilles de l’Hymette cherchaient vainement sur les lèvres de Platon au berceau un miel que son âme et sa parole n’y devaient distiller que plus tard. Depuis longtemps éveillée par le spectacle des choses et des hommes, constamment aiguillonnée par la curiosité, disciplinée par l’éducation, l’intelligence qui agit avec ardeur et qui poursuit le vrai partout où il se manifeste, n’est encore que sur le chemin de sa beauté propre. Cette beauté est à un prix encore plus élevé et à des conditions plus difficiles. Etre en acte, cela est nécessaire à l’esprit pour devenir beau : cela n’est pas suffisant.

L’action de l’esprit n’est tout à fait puissante que du jour où il atteint le vrai, car là est son but, et la vertu de toute force est de toucher son but. Mais saisir et comprendre la vérité connue et vulgaire, la vérité qui est dans tous les livres, dans toutes les bouches et comme répandue dans l’air, une intelligence ordinaire en est capable. Tous les écoliers le font, et tous ne sont pas de belles inlelligences.il est plus malaisé de découvrir un fait ignoré, un livre oublié, un texte enfoui dans quelque bibliothèque; cependant l’instruction et la sagacité y suffisent; ni le génie, ni même le talent n’y sont nécessaires. Quelles sont

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