DEUXIEME PARTIE
donc les vérités qui témoignent d’une cer taine puissance de la part de celui qui les cueille sur l’arbre où elles croissent? Ce sont les vérités éclatantes, répondrons-nous. Mais encore, qu’est-ce qu’une vérité éclatante? C’est celle qui, dès qu’elle parait, éclaire aussitôt et rend visible une foule de vérités qui, sans cet éclat et cette lumière, seraient demeurées plus ou moins longtemps ensevelies dans les ténèbres. Telles sont ces vérités générales, ces grands principes scientifiques, dont l'ample sein, dès qu'il s’ouvre, laisse tomber sur nous, comme une pluie d’or, cent vérités fécondes, cent conséquences variées, lesquelles, principes à leur tour, s’ouvrent comme les premières, et ii leur tour s’épanouissent en une lignée de conséquences et de vérités. Ces vérités fécondes, mais d’une fécondité purement virtuelle, attendent que le génie les éclaire, les réchauffe, et lasse sortir de leur sein des principes nouveaux et des sciences nouvelles. Puissants sont ces principes «à instruire le monde ; puissant fut le génie qui les a mis au jour.
Tant que l’intelligence humaine ne va pas jusque-là, si elle se dit belle, elle se vante, elle s’aveugle ; sa beauté demeure à venir, car sa plus haute puissance n’est encore que possible, si toutefois elle l est.
D’ailleurs, pour parvenir h cette hauteur, la puissance toute seule serait sans effet certain. La vérité n’est point au coin des rues, attendant les passants désœuvrés et toute prête h leur découvrir son lumineux visage. Elle n’est pas non plus, ainsi que l’avancent d’aucuns, une coquette qui fuit ceux qui la cherchent et vient à ceux qui la dédaignent. Non : l’homme
LÀ NATUttE ET DIEU.
le mieux doué, l’enfanl le plus gâté de la nature, s’il se contente de promener au hasard ses facultés paresseuses, pourra bien de temps à autre jeter quelques étincelles de talent dans un salon, dans un journal, dans un livre même: mais ce sera tout. La grande vérité ne va qu’à ceux qui la cherchent. Encore tous les chemins n’y mènent-ils pas. Pour chaque vérité, il n’y en a qu’un, sans plus ; il faut prendre celui-là, non un autre. Ce n’est pas tout: au bout de cette route, et autour de la vérité, voltige un essaim d’erreurs, séduisants fantômes. Un signe, un seul, presque invisible, est au front de la vérité et la distingue de ses décevants satellites. Il faut savoir reconnaître ce signe, et à ce signe, la vérité. Puis de la route, du signe et de la vérité, il faut garder mémoire, savoir retourner sur ses pas, revenir quand on voudra, sans s’égarer; être capable d’indiquer aux autres la voie qu’on a suivie; plus tard, devenir assez fort pour arracher à la vérité qu’on a surprise, et enchaînée, et conquise, toutes les vérités qu’elle cèle en son sein ; enfin être assez habile pour traduire ces vérités en un langage vif, limpide, attachant, harmonieux. Or, tout cela se nomme la méthode. Sans la méthode., le génie le plus vigoureux voit avorter ses plus magnifiques entreprises, parce que la méthode, c’est son ordre à lui, c’est sa voie, c’est par quoi il établit un rapport exact entre sa force et son but. Aussi, dès qu’il suit l’ordre de sa nature, l’ordre de son action et de son développement, toute sa puissance se déploie; il découvre alors des vérités nouvelles, il crée des sciences; maître, il enfante des maîtres héritiers d’une partie au moins de sa forci' et