‹ La science du beau, ses principes, ses applications et son histoireChapitre 128 sur 183 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

de son autorité; 1 univers le reconnaît, le salue, suit son brillant sillage et le proclame beau de sa beauté à lui, qui est la beauté intellectuelle. Voilà donc que la beauté intellectuelle s’explique, elle aussi, par ta puissance et l’ordre. Elle est la force de connaître la vérité, agissant avec sa puissance suprême et conformément à la méthode, c’est-à-dire à l’ordre qui lui est propre.

Merveilleuse harmonie de l’esprit humain et du monde ! Il n’y a au monde que deux sortes de choses: des forces et des lois; de la puissance et de l’ordre; des êtres qui sont des forces, puisqu’ils sont, persistent et agissent, et des lois selon lesquelles sont, persistent et agissent les êtres. Les vulgaires intelligences n’aperçoivent que les faits, c’est-à-dire les résultats de l’action régulière des forces. Lour comprendre le monde dans sa constitution intime et dans sa vaste beauté, l’intelligence lui doit être semblable autant qu’elle le peut; elle doit être de son côté force et puissance : c’est lit le génie: ordre et loi : c’est là la méthode.

L’épreuve de notre formule est donc faite par rapport à la beauté de l’intelligence. Passons maintenant à la contre- épreuve : voyons si la laideur de l'intelligence s’expliquera inversement par les mêmes principes que sa beauté.

Volontaire ou non, 1 ignorance est laide, avec cette ditférence qu involontaire elle fait pitié, et que volontaire elle dégoûte. On plaint l’ignorance involontaire comme un malheur, mais on ne peut ne pas la trouver laide, parce qu elle est le triste état d’une force

LA. NATURE ET DIEU

intelligente dont la puissance n’exerce pas, n’atteint pas son but et reste en dehors de l’ordre. L’ignorance volontaire excite le dégoût, et on la repousse sans pitié connue une des pires laideurs, parce que c’est un état d’impuissance et de désordre où la force intelligente se maintient librement et obstinément, à l’encontre de ses plus nobles tendances. C’est celle-ci, non l’autre, qu’il est juste de représenter avec un épais bandeau sur les yeux et des oreilles velues, sourdes et démesurées comme celles de l’animal têtu et stupide par excellence.

Mais volontaire ou involontaire, l’ignorance passerait inaperçue si elle consentait à se taire. Par malheur c’est à quoi elle ne se résigne pas. Il faut qu’elle parle, qu’elle juge, qu’elle affirme, qu’elle tranche; et autant de paroles, autant d’erreurs. Et de même que la vérité estime exacte conception de l’ordre qui préside ;i telle ou telle action, à telle ou telle existence, et peut légitimement s'appeler l’ordre dans l’intelligence, de même l’erreur est une image fausse, inexacte, défigurée de ce même ordre des choses, et peut à bon droit se nommer le désordre dans l’esprit, lequel produit le désordre dans les discours. Encore si ce désordre, œuvre de l’intelligence mal soumise à la vérité et à la volonté, s’arrêtait à l’intelligence et aux paroles; mais non : il aspire à pénétrer dans la vie active, il y pénètre en effet, il se fait chair et corps, et le poison de l’erreur, après avoir infecté et gâté l’intelligence, corrompt bientôt la liberté. Ainsi va l’âme, dans sa cécité volontaire, de l’ignorance à l’erreur, de l’erreur à la faute, quelquefois de la faute au crime,

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