‹ La science du beau, ses principes, ses applications et son histoireChapitre 13 sur 183 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

une force intérieure nous pousse à le reproduire: le beau met donc en mouvement nos facultés actives. Mais ce n’est pas tout: nous affirmons que le beau est, en dehors de nous, une certaine chose distincte de nous, et par conséquent distincte de la connaisance que nous avons du beau, de l’émotion qu’il nous cause et de l’action qu’il nous inspire. En tout, quatre faits de l’àme en présence du beau. Dans quel ordre ces faits s’accomplissent-ils? Évidemment dans l’ordre même où nous les avons énumérés. En effet, comment goûter et aimer le beau si, préalablement, on ne l’a connu? On fera aussi petit, aussi imperceptible, aussi indivisible qu’on voudra l’intervalle qui sépare le moment où l'ame connaît le beau du moment où elle en jouit ; il n’en sera pas moins nécessaire et certain que cet intervalle existe ; car, que l’âme goûte ce qu elle ignore, cela implique contradiction. Ensuite, l’expérience de chaque jour montre que plus on a été charmé d’un bel objet, plus on en parle, si l’on n’est qu’amateur ; plus on veut le reproduire ou en produire de semblables, si l’on est artiste; tandis que, au contraire, nous n’avons rien à dire d’un objet qui nous a laissés indifférents, et nous ne songeons ni à le reproduire, ni à nous en inspirer. Donc le beau se fait connailre avant de se faire goûter, et il se fait goûter avant de mettre en mouvement nos facultés actives. Bien plus, l’action qu’il nous inspire s’explique par l’émotion qu'il nous a causée et par la connaissance qu’il nous a apportée de lui-même, et le plaisir que nous v trouvons s’explique par la notion que nous avons acquise des caractères qui sont les siens. Mais

THÉORIE

un fait est toujours plus clair que le fait qu’il éclaire et qu’il explique: ainsi, dans le phénomène esthétique, le fait intellectuel est plus clair que le fait sensible, et celui-ci est plus clair que le fait actif. La méthode, qui prescrit d’aller du plus clair au moins clair et du plus connu au moins connu, veut donc qu’on analyse psychologiquement dans l’ordre même où nous les avons énumérés les trois faits esthétiques dont il vient d’être parlé.

Cette analyse achevée, nous aurons décrit tous les effets du beau sur l’âme humaine, et nous en connaîtrons conséquemment tous les caractères saisissables. Mais nous aurons encore à déterminer quel est le principe qui se cache sous ces caractères. Cette opération doit-elle précéder les trois autres ou les suivre, et est-ce avant ou après les trois autres qu’il faut reproduire le fait de l’intuition de l’essence du beau, afin de l’étudier attentivement et d’en tirer de justes conséquences ?

Nous ne connaissons directement aucun des êtres autres que nous-mêmes. Nous ne les atteignons qu’en traversant leurs modes et leurs caractères ; ou plutôt, tout ce qui nous est permis, c’est de juger de leur nature interne que nous ne pouvons atteindre, d’après leurs effets, leurs modes et leurs caractères que nous atteignons. En ce cas, le connu, c’est l’ensemble des effets, des modes et des caractères ; l’inconnu, c’est le principe interne, l’être lui-même. Par où l’on voit que le fait de l’âme qui consiste à déterminer la nature du beau en lui-même présuppose les trois autres. C’est donc en quatrième lieu seulement qu’il conviendra de

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