PREMIÈRE PARTIE
le répéter, mais plus lentement que ne l’accomplit le sens commun, et de telle sorte qu’il en résulte une claire connaissance de ce qu’est la beauté dans son essence intime.
D’après cette rapide esquisse, on peut déjà reconnaître la méthode que nous adoptons. Elle ne sera ni purement expérimentale, parce que l'expérience toute seule ne nous donnerait que le particulier et le relatif, tandis que le beau est universel et absolu; ni purement rationnelle, parce que la raison toute seule ne conçoit (pie des abstractions inanimées, tandis que le beau est toujours plus ou moins concret et vivant. On le verra tout a l’heure : en répétant scientifiquement le premier fait, nous irons des formes du beau, perçues par nosfacultés expérimentales de connaître, aux caractères de ces formes, connus par la raison et mesurés par elle d’après un type universel et absolu : — en répétant scientifiquement le second fait, nous irons de notre émotion esthétique, perçue expérimentalement parla conscience, aux caractères de cette émotion, connus par la raison et mesurés par elle encore d’après un type universel et absolu ; — en répétant scientifiquement le troisième fait, nous irons de notre activité esthétique, constatée par l’expérience du sens intime, aux caractères de cette activité, connus par la raison et rationnellement appréciés, toujours d’après un type universel et absolu : — enfin, la reproduction philosophique du quatrième fait nous fera passer des effets du beau sur notre âme , reconnus par l’expérience psychologique, à la cause invisible de ces effets, conçue et déterminée par la raison à l’image
THÉORIE
de la cause qui est eu nous et que nous saisissons par la conscience. Et procéder delà sorte, ce ne sera certes pas tirer les conceptions rationnelles des connaissances expérimentales qui ne sauraient les rendre, puisqu’elles ne les contiennent pas ; ce sera seulement provoquer l’exercice de la raison par l’exercice de l’expérience, celui-ci étant la condition et comme le stimulant nécessaire de celui-là.
Nous aurons alors résolu, selon nos forces, les problèmes que soulève le beau, considéré au double point de vue de la psychologie et de la métaphysique. Ensuite, les yeux fixés sur l’idée du beau, qui nous servira de lumière et de mesure, nous ferons un travail semblable au précédent sur le joli et le sublime, sur le laid et le ridicule. Tel sera l’objet de la première partie de cette étude. — Dans une seconde partie, nous vérifierons nos affirmations en les comparant avec les beautés variées qu’offrent l’âme humaine et le corps auquel elle est unie, la nature et Dieu. — Nous chercherons dans une troisième partie si le beau, tel que nous le comprenons à ses divers degrés, est bien le même que celui qu’ont réalisé dans leurs chefs-d’œuvre universellement admirés les plus grands artistes et les plus grands poètes de tous les temps. — Enfin, dans une quatrième partie, nous ferons l’examen critique des plus célèbres théories philosophiques du beau, tant anciennes que modernes, afin de contrôler une dernière. fois les résultats de nos recherches.