‹ La science du beau, ses principes, ses applications et son histoireChapitre 133 sur 183 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

le nom de philosophes qu’à ceux que possède la passion des divins spectacles du vrai : toù? t%- «fo-, estas ftheszpwces '. Afin de découvrir le vrai , Descartes abandonne le monde el ses amis, et « vit aussi solitaire et retiré que dans les déserts les plus écartés -. » Le premier regard de la vérité philosophique ébranle le cœur de Malebranche et le fait battre violemment1 2 3. Tout entier aux vastes problèmes qu’il agite, Newton se met à table, el en sort sans avoir touché aux aliments qu’on lui sert, mais qu’il ne voit pas. Feu sacré, flamme généreuse de la science, sans lesquels languirait l’ intelligence et faiblirait le courage; harmonie admirable des puissances de lame, sans laquelle l ame ne revêt jamais tout entière aucune de ses beautés, parce que chacune de ces beautés s’achète au prix de tous ses efforts réunis, de toutes ses vertus conjurées.

Cette force libre qu'on nomme l ame humaine agit donc par sa sensibilité et par son intelligence, et dans cette action elle est belle, aux conditions qu a déterminées notre théorie. Mais elle agit encore d’une troisième façon par son corps, lorsqu’elle le meut, lui commande, lui résiste, soit spontanément, soit après résolution. Ce troisième développement de sa puissance F embellit-il comme les précédents, et aux mêmes conditions? C’est ce que les faits vont nous apprendre.

1 Platon, République, liv. V, traduction de M. Cousin, t. IX, p. 310, Steph. 475 E.

2 Discours de la méthode, 3e partie, éd. Ad. Garnier, t. Ier, p. 29.

3 Damiron, La Philosophie au dix-septième siècle, t. II, p. 359.

LA NATURE ET DIEU

Considérons lame humaine agissant sur son corps d'abord spontanément, sans réflexion aucune, puis avec réflexion et pleine liberté, mais sans intention morale; enfin avec réflexion et en vue du devoir.

Un jeune enfant, riche de santé, au frais visage, aux cheveux flottants, aux membres élastiques et souples, bondit dans un jardin, comme une balle bien lancée, à la poursuite d’un insecte avec lequel il lutte d’agilité. Ses mouvements multiples, sa course tantôt précipitée, tantôt ralentie, ses gestes, ses cris joyeux, tout en lui est charmant, èt je me surprends à admirer sincèrement la ravissante créature qui s’agite, heureuse, devant mes yeux. Ce qui en elle captive mes regards, est-ce la fleur de son teint, la régularité et la naissante vigueur de son corps et de ses membres? Oui, je l’avoue, c’est cette brillante constitution toute pleine de promesses. Mais ce n’est pas cela seulement. Ce corps accompli, qui le meut, qui l’enlève, qui l’emporte, qui déploie ainsi ses premières forces, qui les accroît en les exerçant, sinon l’ame, qui sous la vive impulsion du désir agit puissamment et obéit aux ordres salutaires de la nature? voilà le vrai principe de sa beauté. De prudentes personnes, plus éprises des charmes d’une plante que de ceux d’un enfant, trouvent qu’il ravage le parterre, et l’admireraient davantage immobile et inerte sur une chaise, écoutant leur conversation qu’il ne comprend pas ou qu’il comprend trop, mais ne cassant rien et conservant immaculée la propreté de ses habits. O ineptie!

Cet enfant a grandi ; c’est aujourd’hui un jeune hommc.ll nage à merveille; ses amis disent qui1 c’est

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