‹ La science du beau, ses principes, ses applications et son histoireChapitre 134 sur 183 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

un beau nageur, i! monte parfaitement à cheval, et les juges compétents l’appellent beau cavalier. Il excelle dans les exercices du gymnase, à tel point que, dans l’antiquité, i! eût été beau entre les {dus remarquables athlètes. Lorsque sans effort et sans fatigue il se joue au sein des eaux, semblable à quelque divinité marine, et que pendant plusieurs heures il remonte avec aisance le rapide courant d’un fleuve, par quoi est-il beau? Par son corps élégant et fort? J’en tombe d’accord : estropié ou dilforme, il aurait peut-être de la vigueur néanmoins, mais il serait sans grâce. Cependant, ce n’est pas son corps qui nage : c’est son âme qui se sert de son corps pour nager. Au début, son corps tremblant s’attachait a la rive: il souffrait de la fraîcheur de l’eau : il s’épuisait en mouvements désordonnés et stériles. L’âme l'a contraint à se risquer dans l’élément inconnu : elle l’y a maintenu malgré ses frissons et ses résistances; elle a*appris aux membres à se mouvoir lentement et en mesure, à ménager leurs forces, à se reposer par des changements opportuns d’allure et de position. En ce moment encore, elle les meut et les gouverne. Privé de ce pilote, son corps, tout beau qu il soit, périrait dans un naufrage certain Des deux puissances du nageur, lame et le corps, c’est donc l’âme qui est la principale. C’est lame qui déploie la puissance physique, qui la met vivement en action, la règle et l’ordonne. Le nageur est donc beau, en tant qu’il nage, par la puissance et par l’ordre, et l une et l’autre sont surtout l’œuvre de son âme. Nouvelle beauté de l’âme, petite, il est vrai, inférieure, de troisième degré, j en conviens, mais

LA NATURE ET DIEU

beauté enfin, qui complète heureusement les précédentes, et qui, réalisée sans aucune intention morale, mais avec étude, calcul et réflexion, enrichit l’homme et le pare d’une puissance de plus. Autant en faut-il dire du cavalier, beau par l’empire habile qu’il exerce d’abord sur sa propre volonté et sur son propre corps, puis sur les instincts et sur le corps de l’animal qui le porte. De même s’explique encore la beauté de l’athlète, trop souvent impuissant et imbécile ailleurs que dans l’arène, mais là, du moins, intelligent et hardi, et montrant celte beauté de l’âme qui consiste à maîtriser ses organes et à les manier avec succès, comme de dociles instruments. Les hommes de grande intelligence dédaignent trop ce genre de beauté, dont la possession les rendrait moins gauches parfois et moins ridicules, plus respectés, plus admirés même, et plus capables à l’occasion de cette énergie physique qui soutient et affermit si efficacement l’énergie morale.

D’ailleurs, les actions dont nous venons de parler, et dans lesquelles, quoique libres et voulues, le corps intervient pour une part considérable, ces actions peuvent recevoir une haute consécration quand elles sont faites en vue de quelque difficile devoir, et devenir comme l’étoffe ou la matière de la beauté morale elle-même.

Arrivons donc enfin a la beauté morale qui peut, bien plus, qui doit s’ajouter à toutes les précédentes, mais (pii se distingue de toutes les autres, et les surpasse toutes.

Nous définissons la beauté morale en ces termes :

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