DEUXIEME PARTIE
tirs ennemis même, quel effort et quelle puissance! Nos soldats l'ont fait maintes fois ; nos sœurs de charité l’ont fait : nos missionnaires le font tous les jours, libres victimes, mourant à mille lieues île la patrie, alin d'enseigner à des barbares ignorants qu’il faut s'aimer les uns les autres. Paroles d'harmonie et de paix, puissantes entre toutes a répandre dans l’univers l’ordre moral, source de tout ordre : actions sublimes; sublimes vertus.
Comme l’ intelligence, la liberté a son degré moyen de développement et d’énergie. Moins éclatante, cette force moyenne est d’un plus fréquent usage, et l’exercice constant n en est ni sans difficulté, ni sans mérite. Nul n ignore combien il faut être maître de soimême pour pratiquer ces vertus de chaque jour, de chaque heure, de chaque minute, qui se rangent toutes sous le litre modeste et charmant de boulé. La patience qui ne consent jamais à s’irriter, l’aimable douceur qui pénètre, amollit et gagne les cœurs les plus farouches, la bienveillance dont la joie est d’obliger autrui, la clémence qui sou lire de haïr et de punir et qui se plaît à pardonner, la bienfaisance qui aime mieux faire cent ingrats que de manquer à une seule infortune. la politesse elle-même qui, gracieuse à tous, a pour chacun sa juste part d’attention ou d’égards, voilà quelques-unes de ces milles formes de la bonté jalouse d’accomplir l’ordre moral dans les moindres choses, ingénieuse et discrète dans l’emploi des puissances secondaires de la liberté, n éblouissant pas, mais jetant une lueur égale et continue, semblable à ces lampes de nos sanctuaires qui pâlissent au grand jour.
LA NATURE ET DIEU
s’éclipsent à côté des flambeaux allumés aux fêtes solennelles, mais ne s’éteignent jamais.
Ainsi la liberté est l'ouvrière principale de la beauté morale. Mais l’amour et la raison y doivent travailler avec elle et y apporter l’un la chaleur et Fonction, l’autre la proportion et la mesure, il y a des bontés déplacées, intempérantes, inopportunes, des politesses excessives, obséquieuses, fatigantes, sans dignité; il y a des vertus sèches, acariâtres, dures; des dévomnents honorables, mais aveugles et nuisibles à leur objet ; il y a un héroïsme ardent, sans frein, impitoyable, qui ne voit que son but, qui ne marchande pas sa vie, mais qui fait trop bon marché de celle d’autrui, et qui, sous le nom mérité de fanatisme, verse le sang, accumule les ruines, épouvante le monde. Dans chacun de ces cas, la liberté, quoiqu’elle y ait visé, manque la beauté morale, parce qu’elle a dédaigné d’écouter ses deux conseillers naturels et indispensables, la saine raison et la sensibilité, ou bien parce qu elle a suivi la passion toute seule. La force active, livrée à sa seule énergie, ou déchaînée par quelque violent désir, s’est déployée sans mesure, hors de proportion, et au lieu de l’ordre qu’elle cherchait, elle n’a atteint que le désordre ou le ridicule, qui apparaissent inévitablement toutes les fois qu’entre nos facultés l’harmonie est rompue.
L’étude à laquelle nous venons de nous livrer sur les diverses beautés de l’âme humaine nous a appris quand et comment le beau et le bien se ressemblent, et aussi quand et comment ils diffèrent. Le beau, d’une part, étant détini la force agissant avec puis-