DEUXIEME PARTIE
« Les géî mis, de même que les miins, sont pour la plupart d’une intelligence très-bornée; quelques-uns sont même presque idiots, bien différents des nains sous ce rapport, ils sont d’ailleurs sans activité, sans énergie, lents dans leurs mouvements, fuyant le travail, fatigués presque aussitôt qu’occupés, en un mot faibles de corps aussi bien que d’esprit. Changeux cite, d’après Gui-Patin, un fait assez singulier qu’il ne sera pas hors de propos de l’apporter ici. A Vienne, où l’on avait réuni des nains et des géants pour l’amusement de la cour impériale, les premiers, bien loin de céder et de se soumettre à leurs compagnons, ne craignaient pas de les provoquer par des moqueries, de les insulter, et de commencer ainsi des disputes dont l’issue semblait devoir être si redoutable pour eux... »
« Les géants sont ordinairement d’un tempérament lvmphatique et d’une complexion très-délicate. Un grand nombre sont même mal conformés, et surtout mal proportionnés, ainsi que l’ont remarqué quelques auteurs... »
« Mais le point par lequel les géants se l’approchent le plus des nains et justifient le mieux l'idée de Changeux , c’est qu’ils sont ordinairement impuissants comme ceux-ci, et sont très-promptement énervés par les plaisirs... Ce défaut ne saurait, au reste, étonner chez des êtres épuisés par la rapidité et l'excès de leur accroissement, et s’explique beaucoup mieux à leur égard qu’au sujet des nains '. »
Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, Histoire générale et particulière des
LA NATURE ET DIEU
Ainsi les jugements esthétiques que la raison porte à priori sur les êtres humains dont la forme transgresse la loi ou l’ordre du genre, ces jugements sont non-seulement justifiés par la science, mais encore expliqués par elle comme par nous au moyen d’une action désordonnée delà force vitale, soit que ce désordre vienne d’un obstacle qui l’entrave, soit qu’il ait sa cause dans un développement excessif qui l’épuise avant !e temps
anomalies de l’organisation chez l’homme et chez les animaux, t. 1er,
1 En tenant ce langage, je ne prétends pas que, quand la nature crée des monstres, elle procède absolument contre l’ordre et en dehors de tout ordre. Ce serait là une erreur complète. J’ai déjà dit dans mon chapitre sur le laid et le ridicule, première partie de cet ouvrage, que le désordre absolu c’est la suppression de toutes les conditions de l’être et de la vie, et, par conséquent, la mort ou le néant. Même pour faire un monstre, il faut que la force vitale obéisse dans une certaine mesure à ses lois ordinaires. Mais il faut aussi qu’elle les viole jusqu’à un certain point, sans quoi elle produirait non un monstre, mais un être régulier, correct et beau. Ces principes sont confirmés par la science zoologique qui a reconnu dans les monstruosités du règne animal l’accomplissement des lois constantes de la vie, sauf toutefois une déviation plus ou moins considérable dans la marche ordinaire de la force physiologique. De là une science récente appelée Tératologie, qui classe les monstres d’après des caractères constants, mais qui avoue, en même temps, que des états ordinairement successifs, l’état embryonnaire et l’état fœtal, se conservent ensemble jusqu’à la naissance dans les monstruosités, et engendrent, par cette simultanéité anormale, des êtres entravés dans leurs développements. C’est confesser que la monstruosité, tout en étant un désordre ordonné, est néanmoins un réel désordre. — Voir dans le Dictionnaire universel d'histoire naturelle dirigé par M. d’Orbigny, l’article Tératologie, dont l’auteur est M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire lui-même; voir aussi le grand ouvrage déjà cité du même naturaliste : Histoire générale et particulière des anomalies de V organisation chez l’homme et chez les animaux, t. 1er. —