‹ La science du beau, ses principes, ses applications et son histoireChapitre 145 sur 183 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

infiniment plus de mobilité que le nez, si ce dernier organe est difforme, vainement les yeux sont beaux et la bouche charmante; le visage demeure gravement compromis.

Et pourtant, que de ressources dans la forme et dans les mouvements de la bouche ! Mais que l’on y prenne garde, la bouche a deux fonctions : l une tout intellectuelle et divine, la parole; l’autre toute corporelle et animale : le manger et le boire; et selon qu elle exprime [dus vivement la première ou la seconde de ces deux fonctions, le visage se relève ou s’avilit. Deux mâchoires proéminentes, terminées par deux lèvres longues et épaisses, paraissent chercher la nourriture avec avidité, et qui pis est, avec une avidité constante. L’excessif avancement de la mâchoire supérieure donne a l'homme une ressemblance peutêtre plus frappante encore avec l’animal. Le même défaut dans la mâchoire inférieure rend la parole embarrassée et détruit les proportions et le dessin de la bouche. Ces trois sortes de bouche ne peuvent ni s’ouvrir, ni se fermer, sans faire voir une grimace: mobiles ou immobiles, elles manifestent toujours plutôt et plus facilement la faculté de mâcher et d’avaler que celle d’articuler des sons pour traduire la pensée. On peut être éloquent, malgré cette sorte de laideur, mais on l’est bien mieux et bien davantage avec la beauté contraire. Démosthènes pensait avecraison qu’un orateur bègue est inférieur à celui dont la langue est libre. Mozart estimait que la même musique ressort mieux sur un bon clavecin que sur un mauvais. Il était réservé h certains penseurs et même

LA NATURE ET DIEU

à certains artistes de notre temps de soutenir que ce qui est nécessaire à une âme d’homme pour se bien exprimer, ce n’est pas précisément un visaged’homme, mais qu’une face d’animal y subirait parfaitement, à une seule condition : c’est que la nature en fût l’ouvrière. La raison en juge autrement : elle sait que si l’homme est en même temps homme et animal, il est bien moins animal qu homme, et que s’il est condamné à manger, ce n’est là que sa plus basse destination, tandis que son but est de grandir par l’intelligence et de manifester au dehors, le mieux possible, le progrès de son âme libre : d’où la raison conclut avec sagesse que la bouche la plus intelligente, et par exemple celle que les artistes ont prêtée à Minerve, est bien la bouche qui convient au visage de l’homme.

Nous avons implicitement parlé du menton en traitant de la forme de la bouche. Ajoutons qu’il doit avoir des proportions moyennes que tout le monde connaît. Quelques-uns y souhaitent une fossette; mais h quoi bon, et qu’y gagne l’expression? Les autres parties du visage et delà tète ont moins d’importance esthétique. Cependant les oreilles, les cheveux et la barbe contribuent pour une certaine part à déterminer le caractère de la physionomie. Une oreille petite et correctement ourlée n’a rien à nous apprendre de l’âme qui la possède. Toutefois, large, longue, mal dessinée et très-écartée du crâne, l’oreille a l inconvénient de prêter à notre face quelques traits de celle de l'animal. Nul ne conteste que les cheveux ne soient aux femmes une couronne naturelle qui

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