‹ La science du beau, ses principes, ses applications et son histoireChapitre 146 sur 183 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

paie lem* front mieux que toute autre et qu’aucune autre ne remplace. Mais encore faut-il la savoir poser. Des boucles flottantes ou des bandeaux ajoutent à la douceur de leur physionomie. Ce sont comme des voiles modestes jetés à moitié sur leurs tempes, en signe de réserve et de timidité, et d’une grâce aussi décente que se montre effrontée une coiffure violemment tirée en arrière. Les hommes reconnaissent que la chevelure est un ornement même sur une tête virile, et bien peu la font tomber sous le rasoir, lis respectent également leurs sourcils, qui sont le complément nécessaire des lignes légèrement arrondies de l’œil . Quant à la barbe, ils semblent croire généralement qu’elle est inutile. Il est vrai que, lorsqu’elle est abondante, elle dissimule certains traits et ôte ainsi quelque chose à l’expression mobile de la physionomie; mais en compensation, elle donne à l'àge mùr une male gravité, et à la vieillesse l'air de majesté vénérable qui lui sied toujours.

D’après l’analyse précédente, il n'y a pas de différence entre le visage qui exprime le mieux lame humaine et le visage que sait modeler la force vitale dans son action pleine et harmonieuse. El comme c’est principalement par le visage que lame humaine se fait connaître, la question que nous agitons est en grande partie résolue. Cependant elle ne l’est pas absolument, parce que le reste du corps participe dans une certaine mesure à la manifestation de nos facultés et de nos étals psychologiques. Quel est donc le corps, quel est le torse et quels sont les membres qui concourent le plus efficacement avec la physionomie à révéler

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l'homme invisible? Le christianisme et la philosophie spiritualiste, qui placent légitimement au premier rang la beauté de l’âme, nous ont rendus moins sensibles que les anciens aux avantages extérieurs. D’ailleurs, sous nos climats et dans nos mœurs, le visage seul est découvert: le corps s’enveloppe, se cache, et est pour nous connue un inconnu auquel nous avons rarement affaire. Cependant, il est des cas nombreux où la forme du corps nous intéresse, et alors notre raison évoque instantanément un certain modèle idéal auquel nous le souhaiterions semblable. La mère à laquelle est né un fils difforme ne se console pas de cette disgrâce en contemplant la tête régulière et charmante de cet enfant. L’amour, tout aveugle qu’il soit, ne laisse pas d’apercevoir à travers son bandeau les imperfections physiques de l’être que l’on propose à son choix. Quelquefois, nous le savons, il passe outre; mais que l’on fasse le décompte, et l’on constatera que plus souvenl encore il tient que des yeux magnifiques et un profil admirable ne compensent ni une taille déviée, ni une démarche inégale et chancelante. Un bossu à cheval sera toujours ridicule, -eût-il la tête d’Antinoüs. Dans les professions où l’homme travaille solitairement, ces discordances sont peu remarquées et n’ont qu’une importance fort mince. Dans les fonctions publiques, le talent, le génie même a besoin d’un corps irréprochable, et, à facultés d’ailleurs égales, l’âme qui dispose d’organes corrects et complets a d’avance un avantage assuré sur celle qui n’a pas reçu les mêmes dons de la nature, fins la personne doit paraître, plus nos usages sont sévères sur ce point. Un ministre de

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r.io

l'Église, obligé de monter à l’autel ou en chaire, et de traverser lentement en habits sacerdotaux la foule des fidèles, n’aurait pas impunément un corps rachitique et difforme. L’État se garde bien de mettre à la tête d’un régiment, et encore moins d’une armée, un Thersiteou un Ésope. Lorsqu’un général harangue ses troupes, il faut que tout en lui tienne le même langage, la voix sonore, le visage martial, le corps droit, vigoureux, ferme et prêt a combat tre. Nous sommes ainsi faits que lorsqu’un souverain est mal constitué ou infirme, son autorité en souffre toujours quelque peu. Mais c’est au barreau surtout, ou dans les assemblées publiques, que le corps, le geste, l’altitude, la noblesse des formes doivent être d’accord avec le visage et porter puissamment au dehors l’âme tout entière. On a vu, dans ces derniers temps, un illustre poète, devenu soudainement le premier citoyen de son pays, modérer, contenir, apaiser, enchanter des masses innombrables et déchaînées, par l’irrésistible ascendant de sa pensée et de sa parole. C’est sa grande âme évidemment qui opérait ce prodige. Mais qui osera soutenir que son front élevé, que ses yeux expressifs, que son profil si pur, que sa haute taille, que son geste inspiré 11'y furent pour rien, et qu’avec un corps disgracié, ridicule, ou seulement moins beau, il eut aussi sûrement remporté d’aussi difficiles victoires?

Ainsi le type par lequel se manifeste l’action puissante et ordonnée de la force vitale est aussi l’organe le plus exact et le plus parfait de l’âme, c’est-à-dire de la force raisonnable et libre, de ses énergies et de ses

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élats divers. L’ethnologie confirme ce résultat de nos études. Généralement, sur notre globe, le type phy- ; sique s’abaisse ou se relève comme l’intelligence et la I civilisation elles-mêmes. Dans l’état sauvage, l’âme et le corps demeurent l’un et l’autre informes et grossiers. Les anthropologistes s’accordent à reconnaître que la race caucasique est supérieure aux autres par l’intelligence et la moralité, comme par la beauté de la tête, des traits et du corps tout entier \ Dans l’état d’excessive civilisation, le corps surmené par l’âme, fatigué par le travail ou de bonne heure épuisé par les passions, diminue, s’appauvrit, s’altère dans ses formes et dans les traits du visage. L’âme en équilibre et la force vitale, dans d'heureuses conditions physiques, se font ensemble un corps digne d’elles. D’où l’on voit qu’il y a vraiment un certain type de la race. Ce type, nous le répétons, n’est pas beau par luimême ; il n’est beau que par la force ou l’âme qu’il manifeste. En ce sens, on peut dire que sa beauté est relative, conditionnelle, empruntée. Mais ce type est

1 Voir La Terre et l'Homme, par M. A. Maury, chap. vil, p. 456.

Voici sur cette question le témoignage d’un voyageur qui a reconnu dans les belles jeunes fdles du Caucase une âme et des facultés dignes de leur admirable visage. « Pendant notre séjour dans ces contrées, nous avons pris à lâche d’étudier sous toutes ses faces le moral de la femme dont nous admirions chaque jour la perfection physique ; nous avons été étonné au plus haut point de la facilité de compréhension qui brillait dans ces jeunes intelligences.... A peine a-t-on émis devant elles quelques aperçus iant soit peu élevés, qu’un horizon caché semble s’ouvrir à leurs yeux, et bientôt on est frappé des notions exactes qu’elles ont, simples paysannes, de choses dont nos femmes de la campagne ne soupçonneraient jamais l’existence. » ( Éludes sur le Caucase, par Ch. Fourier, Journal des Débats, 6 nov. 1858.)

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