DEUXIÈME PARTIE
de tous le plus apte à manifester la force et l'âme de l'homme. Par ce type exprimée, la belle âme fait paraître toute sa beauté. Exprimée par un type moins régulier, elle parait encore, mais moins évidemment, et, pour éclater au dehors, elle est contrainte de lutter contre l’imperfection de sa forme et d’en triompher avec effort. Admirons les belles âmes, quelque laids que soient leurs corps; mais sachons reconnaître et confesser que les .corps réguliers, corrects, proportionnés, accomplis, sont l’expression la meilleure et, qu’on nous passe l<* mol. la forme adéquate des belles âmes.
Mais que l’on nous comprenne bien. Ainsi que nous l’avons expliqué dans un de nos premiers chapitres. l’idéal ii est pas une image lixe que l’esprit porte en lui-mème toute prête, et qu’il n'a qu'à appeler, quand il lui plaît, pour la copier et la reproduire. Ce n’est pas la ce que constate l'analyse psychologique. L'idéal de beauté, pour chaque genre d’êtres, c’est le maximum d’ordre et de puissance que chaque genre comporte. La raison croit que l’être le plus beau du genre serait celui en qui ce maximum serait atteint. Est-ce à dire que l'intelligence se donne à volonté la représentation intérieure d’un tel être? Nullement ; mais entre deux êtres du même genre, elle sait quel est celui qui approche le plus de cet idéal. C’est assez pour que nos jugements esthétiques aient une base : c’est assez pour que l’artiste, en partant du spectacle positif de la réalité, soit capable de corriger celle-ci. de la redresser et, tranchons le mol. de l'embellir. Ses veux, ses oreilles lui fournis-
LA NATURE ET DIEU
sent la matière et le dessin grossier des êtres: sa raison lui en révèle les lois et les formes achevées. De ces deux éléments combinés, il compose une image plus semblable à l’idéal que le modèle réel qu’il a consulté. Donc, évoquer l’idéal c’est, selon nous, regarder le réel, reconnaître par la raison ce qui lui manque et y ajouter le surplus d’ordre ou de puissance qui, en complétant sa beauté, lui imprime les caractères d'un type.
En professant notre croyance, précédemment justifiée, à un certain type idéal de la race humaine, nous n’ignorons pas que, par là même, nous acceptons la doctrine qui attribue à la beauté un caractère essentiellement général. Partant, nous nous exposons à tous les traits de la cohorte militante qui a écrit sur son drapeau : « Les formes générales sont monotones, vides et mortes; il n’y a de vérité, de vie, de flamme, de beauté réelle, que dans les formes individuelles. »
Entendons-nous. La science ne prétend plus (si toutefois elle l’a jamais prétendu) que le type rationnel de l’homme existe effectivement et ait plus de réalité que les individus qui en sont les images plus ou moins fidèles. La science sait mieux que personne qu’il n’y a de vie positive que dans l’individu. Mais à quelle condition l’individu est-il aussi vivant que possible? N’est-ce pas lorsque, possédant toutes les facultés de son genre, il les exerce puissamment et conformément ii l’ordre de sa nature générique ? Celui-là vit-il pleinement et richement, chez lequel deux ou plusieurs des énergies du genre languissent .ou dorment dans la torpeur? Donc celui qui serait