‹ La science du beau, ses principes, ses applications et son histoireChapitre 148 sur 183 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

de tous le plus semblable au type achevé du genre serait en même temps le plus beau, le [dus divers dans sa vie harmonieuse, et le plus énergiquement vivant. L’homme beau par excellence serait celui qui aurait toutes les beautés de l’âme, et, en outre, le corps le plus apte h les exprimer toutes. Croit-on qu’un tel être fut languissant ou que sa vie fut monotone et uniforme?

Mais peut-être s’imagine-t-on que l’homme idéal, tel que le conçoit la science, a un âge déterminé, trente ans, par exemple, avec toutes les qualités physiques et psychologiques que cet âge comporte, et que ni avant, ni après, l’idéal ne saurait briller en nous.

Pour éclaircir ce point, ordinairement laissé dans l’obscurité ou dans le vague, distinguons encore une fois trois sortes de beauté idéale dans l’homme : la beauté physique ou physiologique; la beauté psychologique ou de l’âme; et enfin la beauté expressive ou l’exacte manifestation de la belle âme par le corps.

Le corps n’est pas immortel comme l’âme; il ne vit qu’un temps, et ce temps se divise en trois périodes : l’âge de la croissance, l’âge stationnaire où son développement est complet, et l’âge du décroissement. C’est à l’âge moyen qu’il a toute sa force et par conséquent sa plus haute beauté. Pendant le premier âge, il s’y achemine; pendant le dernier, il s’en éloigne. Cette loi de la nature est fatale : l’homme n’y peut échapper. L’hygiène et la tempérance réussissent, il est vrai, à retarder de quelques années les ravages de la vieillesse ; mais elle arrive tôt ou tard, et chacun des pas qu’elle fait est marqué par quelque ruine : les che-

LA NATURE ET DIEU

veux tombent ou blanchissent; les dents s’altèrent et se brisent; les joues se creusent ; des rides profondes sillonnent les tempes et le front; le corps s’incline en avant ; toute la machine se penche vers la terre qui bientôt la saisira comme une proie qui lui est due. Le moment de la parfaite beauté des corps régulièrement constitués est donc très-court. Cependant, chaque âge, chaque année, chaque mois, chaque heure de notre vie physique a sa loi qui lui assigne tel degré de développement et non tel autre. Chaque âge a, par conséquent, sa beauté physique idéale que le corps revêt lorsque a chaque âge la force vitale le fait tel qu’il doit être. Ainsi, il y a la beauté physique idéale de l’enfance, celle de l’adolescence, celle de la jeunesse, celle de l’âge mur, celle de la vieillesse. La raison les distingue et accorde à chacune le degré d’admiration qui lui revient. Les vrais artistes, eux aussi, connaissent ces diverses beautés ; nous le montrerons : ils savent et prouvent que l’idéal physique n’est pas plus uniforme que l’existence terrestre de l’homme.

Nous avons dit que la beauté psychologique, c’est l’âme exerçant toutes ses facultés avec puissance, conformément ;'i l’ordre, et avec harmonie. Celle définition, dira-t-on peut-être, nous présente un idéal impossible, ou, tout au moins, fâcheusement uniforme. Aucun âge ne réalisera, même it peu près, cet idéal : ni la jeunesse, parce qu’elle est trop passionnée et trop peu instruite des choses de la vie; ni l’âge mur, parce qu’il a trop de volonté et pas assez de sensibilité et d’onction; ui la vieillesse enfin, parce qu’elle en sait trop long et que ses désenchantements la rendeol

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