‹ La science du beau, ses principes, ses applications et son histoireChapitre 153 sur 183 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

mateur el conservateur du corps el propagateur de l’espèce. Chez les uns, la force maîtresse possède I intelligence, l’activité et la sensibilité; chez d’autres,

I intelligence parait h peine; chez d'autres, c’est l’activité motrice qui est absente; chez tous, il \ a de la sensibilité, quoique à des degrés fort différents; chez tous, dès lit qu’ils sont des corps vivants, il \ a un principe vital ; enfin chez tous, des formes, des organes physiques servent d instruments et d’expression aux forces internes. De là, dans les animaux, de la beauté, ou plutôt des beautés d’espèces diverses et toujours proportionnées au nombre, à la puissance, à l’ordre et .à I expression des forces en action.

1. admiration commune proclame certains genres d’animaux beaux entre tous, elle va plus loin : elle trie dans chaque genre certains individus qu’elle appelle beaux entre tous ceux de leur genre. Suivons pas h pas celte admiration, tantôt spontanée, tantôt plus ou moins réfléchie: peut-être, sous les vagues expressions ou sous les termes plus précis dont elle use pour se faire connaître, verrons-nous se dessiner notre propre formule.

Parmi les animaux domestiques, nous admirons surtout le chien et le cheval: parmi les animaux sauvages, le lion et l’éléphant.

Dans le chien, qu’admirons-nous? Sa forme? Rarement. Abâtardie par des croisements fortuits, ou naturellement cachée par une épaisse toison, la forme du chien est souvent sans proportion et sans grâce. Certaines races, comme les bassets, sont positivement laides. Xon : le chien n’est pas admiré pour sa beauté

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physique, mais pour son attachement sans bornes, sa fidélité à garder la maison, son habileté à conduire le troupeau, son adresse de chasseur. Son attachement inaltérable, et qui survit souvent à l’objet de son affection, c’est de la beauté sensible ; et la sensibilité du chien est belle, parce qu elle est vive, forte et instinctivement conforme à ce que l’homme appelle les devoirs de l’amitié. Ce serait de la beauté morale si le chien était un être libre. Sa fidélité à garder la maison, son courage à la défendre, c’est à la fois de la beauté sensible et de la beauté dans les actes. Son adresse de chasseur, c’est de l’intelligence, docile aux leçons du maître, fertile en ressources, souvent plus forte que l'appétit qu’elle contient et qu’elle empêche de chasser pour son compte personnel. Cette intelligence a une certaine beauté, parce qu’elle a une certaine puissance et qu’elle se soumet à une discipline et à un ordre nécessaires. Nous admirons le plus abominable caniche qui guide religieusement un pauvre aveugle à travers les détours d’une immense cité; et nous l’admirons parce qu’il a quelques beautés dans l’âme. Nous admirons beaucoup moins, quand nous ne le méprisons pas, un lévrier niais et superbe, qui traîne sur de magnifiques tapis son oisiveté et sa stupide élégance. Preuve nouvelle de cette loi que la forme n’est vraiment belle que lorsqu’elle reflète la beauté de l’invisible.

Et le cheval, pourquoi l’admirons-nous? Toutes ses beautés sont des forces puissantes et réglées. Dans le cheval sauvage. Ici qu’il se voit au milieu des pampas de l’Amérique espagnole, les puissances indomp-

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rens et F. Cuvier 1 sont d’accord avec Buffon. Ces qualités sont dignes d’admiration. Mais ce qui fait l’extraordinaire beauté du lion, c’est qu’il possède de quoi traduire fortement au dehors ce qu’il éprouve au dedans; c’est, en un mot, qu'il est doué d’une magnifique beauté expressive. « L’extérieur du lion, dit Buffon, ne dément point ses grandes qualités intérieures : il a la figure imposante, le regard assuré, la démarche libre, la voix terrible : sa taille n’est pas excessive comme celle de l'éléphant ou du rhinocéros; elle n’est ni lourde comme celle de l’hippopotame ou du bœuf, ni trop ramassée comme celle de l’hyène ou de l’ours, ni trop allongée, ni déformée par des inégalités comme celle du chameau; mais elle est, au contraire, si bien prise et si bien proportionnée, que te corps du lion parait être le modèle de la force jointe a l’agilité: aussi solide que nerveux, n’étant chargé ni de chair, ni de graisse, et ne contenant rien de surabondant, il est tout nerfs et tout muscles. Cette grande force musculaire se marque au dehors par les sauts et les bonds prodigieux que le lion fait aisément : par le mouvement brusque de sa queue, qui est assez forte. pour terrasser un homme; parla facilité avec laquelle il fait mouvoir la peau de sa face, ce qui ajoute beaucoup à sa physionomie, ou plutôt à l’expression de la fureur2. »

Parmi les animaux, l’éléphant serait le premier, si l’accord était plus grand entre ses puissances psycho-

1 M. Flourens, De l’instinct et de l’intelligence des animaux, p. 52.

3 Buffon, Morceaux choisis, édition Didot, t If. p. 257-258.

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| logiques et les organes ou signes corporels chargés de les révéler. Nous 11e disons point que l’éléphant ! soit une erreur de la Providence divine. Le Créateur ne commet pas d’inadvertances. Lu son genre, en tant qu’éléphant, l'éléphant est une merveille. Mais à l’envisager comme animai, et dans sa forme extérieure, nous disons que son corps traduit, exprime imparfaitement son âme, et qu’il ne la porte point sur son visage. Tout le monde connaît, au moins par les écrits des voyageurs et des savants, et beaucoup d'entre nous pour les avoir vues à l’œuvre, les facultés éminentes de l’éléphant, sa mémoire, son intelligence, sa docilité, son adresse, sa vive affection pour son conducteur, sa reconnaissance, ses rancunes, ses colères terribles quelquefois suivies, dit-on, de touchants regrets. On sait aussi combien, malgré sa masse, il est vite à la course. Et pourtant, il n’est personne qui ne le trouve laid, personne qui puisse admirer son corps à l’égal de son caractère. « C’est que, dit bubon, l’éléphant est en même temps un miracle d’intelligence et un monstre de matière : le corps très-épais et sans aucune souplesse; Je cou court et presque inflexible; la tête petite et difforme; les oreilles excessives et le nez encore beaucoup plus excessif; les yeux trop petits, ainsi que la gueule et la queue; les jambes massives, droites et peu flexibles; le pied si court et si petit qu’il parait être nul; la peau dure, épaisse et calleuse : toutes ces difformités paraissent d’autant plus désagréables à l’œil que la plupart n’ont point d’exemple dans le reste de la nature 1 . »

Bull'on, édition citée, t. II, |>. 2!)3.

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