‹ La science du beau, ses principes, ses applications et son histoireChapitre 154 sur 183 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

Cependant la marmotte est en elle-même eoirecle <jt très-bien constituée en vue de sa destination propre, et cette remarque nous démontre que la beauté s’apprécie sans aucun regard de la raison à la finalité, ou, comme le dit Kant, a la perfection téléologique.

Ces oiseaux sont moins beaux psychologiquement que les mammifères, parce qu’ils ont des facultés inférieures et moins nombreuses1 2. Ils ne sont ni plus ni moins libres que les mammifères, puisque aucun animal n’ayant la notion du bien ou du devoir ne possède la liberté à un degré quelconque: mais ils ont moins d intelligence et sont plus étroitement enfermés dans les limites invariables de l'instinct. Toutefois les oiseaux ont une certaine beauté sensible, et nous ne pouvons ne |>as admirer les angoisses mater nelles et les efforts courageux de la poule défendant sa nichée contre les attaques de l’épervier. Mais ce qui donne aux oiseaux leur beauté la plus grande et la plus caractéristique, ce sont leurs facultés de locomotion. Voler est une puissance que l'homme attaché à la terre leur envie avec raison. C’est à cause de la force de ses ailes et de l'étendue de son vol que l’aigle est appelé le roi des airs. Cette légèreté sans pareille des oiseaux nous charme toujours :

Même quand l’oiseau marche on sent qu’il a des ailes -,

et ce sentiment nous le fait admirer. Cependant tous n’ont pas la démarche également belle. Le coq est

1 M. Flourens, De l'instinct et de l’ intelligence des animaux , p. 33.

2 Lemierre, Fastes, cliap. ier.

LA NATURE El DIEU.

ooi

superbe lorsqu’il va lentement, la tète haute, la gorge en avant et gonflée, repliant et déployant alternativement ses doigts souples et nerveux. Le héron au long ! bec emmanché d’un long cou, tel que l’a peint La Fontaine, trop haut monté sur ses longs pieds, comme sur des échasses, est gauche. Hors de l’eau, le cygne hoite lourdement ; mais quand il nage, quelle grâce majestueuse et vraiment royale! Cette grâce, .il en doit une grande part aux justes proportions de son corps, à ses ailes doucement enflées, surtout à la courbe de son col. L’oie, qui nage aussi bien que le cygne, a l’air sot, parce que son cou se dresse roide et vertical, et forme avec la ligne de la tète et du bec un angle droit. C’est que les lignes courbes, même immobiles,. expriment encore le mouvement, tandis que les lignes droites, même en mouvement, semblent être fixes et immobiles. La forme souple est donc un signe plus exact de la force animée que la forme massive ou dure. Aussi, le bec des oiseaux, formé d’une corne dure, les prive-t-il de ces traits de la physionomie qui résident dans la mobilité de la bouche et du nez. L’œil y supplée quelquefois par sa flamme, comme chez l’aigle, ou la crête comme chez le coq. Mais rien ne saurait compenser des énormités semblables à celle du bec du pélican, dont la poche peut contenir plus de vingt pintes de liquide, et où un homme cacherait presque sa tète.

La forme qui, par son dessin et ses mouvements, manifeste l’àme et la vie, est à son tour manifestée par les nuances plus ou moins riches de la couleur. Comme pour les dédommager de la privation de certaines

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