‹ La science du beau, ses principes, ses applications et son histoireChapitre 158 sur 183 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

avec quel art l’auteur de toute chose sait embellir la fin des plantes, connue il avait décoré leur naissance au printemps, et, en été, leur florissante vigueur.

Les fleurs de la plupart de nos grands arbres, du chêne, de l’ormeau, du platane, du peuplier, du tilleul, sont peu apparentes; exceptons-en les magnifiques bouquets pyramidaux du châtaignier, et les grappes mobiles que l’acacia suspend coquettement à ses branches épineuses. Les fleurs de nos vergers, celles du pêcher, de l’abricotier, du prunier, du poirier, de l’amandier, sont li nés, délicates, tendres, pleines de promesses; mais comme elles manquent de tige, parce que le fruit qu elles préparent doit tenir de près au bois, elles produisent plus d’effet en masse qu’individuellemenl. De plus, elles ont le désavantage de ne se point marier aux feuilles qui se développent plus lard. Les belles fleurs de nos climats ne promettent ni ne donnent de fruits véritables : elles naissent sur d’humbles arbrisseaux ou sur des plantes presque aussi éphémères qu’elles. Mais leur beauté est éclatante, et il est facile d’en noter les brillants caractères. La rose n’a point usurpé son titre de reine. Elle ne redoute ni les regards critiques de l’analyse, ni les comparaisons. Sa forme est de tout point achevée : une, par sa rondeur légèrement sphérique; variée, par le nombre de ses pétales; harmonieuse et symétrique sans roideur, par la façon dont ses pétales se superposent les uns aux autres et s’enveloppent mutuellement; une, encore, variée et harmonieuse par les nuances exquises de sa couleur, qui est celle-là

LA NATURE ET DIEU

même de la jeunesse à son [dus frais printemps ; enfin posée connue par la main d’une fée à l’extrémité de sa tige flexible dont le feuillage foncé rehausse son éclat, elle a, avec la majesté fière, la grâce aisée, élégante et souple, et, par-dessus tout, la distinction et la noblesse. Tout superbe qu’il est, le lis, moins riche de couleurs et de formes, ne vient qu’après elle. Le pavot, avec sa forte tête où resplendit la vie, et ses feuilles largement scupltées, serait le second, si le lis n’existait pas, ou s’il avait autant de grâce que de puissance. Le dahlia magnifique leur serait peut-être à tous un rival redoutable; mais quoi! il est d’une trop exacte géométrie, et sa toilette rigoureusement soignée laisse désirer un peu de négligence et quelque abandon. Les fleurs que l’on n’appelle que jolies ne manquent ni d’unité, ni de variété, ni de proportion, ni d’ordre, ni de puissance; seulement la puissance qu’elles expriment est moins grande, et leurs formes plus simples offrent moins de richesse. Les plus petites, comme le myosotis, et d’autres encore que leur exiguité dérobe à notre vue, sont d’un travail qui surprend, et mignonnes à ravir. En est-il de laides? Je l’ignore; bien plus, j’en doute. Depuis que j’ai vu le vulgaire artichaut ceindre sa tête d’un diadème d’azur, je n’ose plus me méfier de la nature végétale et ne la crois capable d’aucune laideur.

Les fruits et même les légumes ont des beautés qui approchent de celles des fleurs. Il n’en est pas un qui ne trahisse et n’exprime l’action d’une force féconde et généreuse. Tous sont formés selon des lois constantes et d’irréprochables modèles. Les plus remar-

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