DEUXIÈME PARTIE
quables, comme l’orange, la pêche, le raisin, la cerise, ont à la fois la forme et la couleur. Cependant leur solidité compacte et massive, les lignes fermées de leur contour, ou, comme disent quelques-uns, de leur galbe, les privent de cette diversité de traits qui est la physionomie des Heurs. Ils nous attirent encore plus qu’ils ne nous parlent, et notre palais est encore plus sensible à leurs amorces que nos yeux.
Les poètes et les amoureux, et même d’autres encore, attribuent à certains arbres et à certaines fleurs une sorte d’expression psychologique. Chacun sait que ce n’est là qu’une fiction fondée sur des analogies plus ou moins vagues que l’on a saisies entre la figure et les mœurs de l’homme. Mais cette fiction prouve à quel point les signes matériels, où qu’ils se rencontrent, réveillent l’idée qu’ils n’expriment exactement que sur le visage humain. Mais ce qui démontre aussi que ces signes n’ont leur véritable force expressive que dans leur rapport avec l’invisible, c’est que le plus simple d’entre nous sait parfaitement que le saule pleureur ne pleure pas plus que les autres saules, que la violette n’est pas plus modeste que le pavot, et que le pavot n’est pas plus orgueilleux (pie la violette. L’expression morale des végétaux est donc purement symbolique.
A mesure que nous descendons l’échelle des êtres, la vie diminue par degrés, et avec elle la beauté, cette splendeur de la vie. Peu à peu, notre marche nous a conduits en présence des corps inanimés. Moins beaux (pie les plantes, ces corps ont pourtant de la beauté. Oserons-nous expliquer encore par la force invisible
LA NATURE ET DIEU
el son action ordonnée et puissante les beautés matérielles de ce qui ne vit pas? N’est-ce pas là un excès de doctrine, et ne devons-nous pas craindre de révolter le bon sens ou de scandaliser certains sages, en disant qu’il y a de l’àine jusque dans les pierres?
Ne considérons ici que les corps sans vie universellement admirés comme beaux. Nous trouverons peutêtre que leur beauté s’explique, ainsi que celle des précédents- êtres, par l’action puissante et ordonnée de la force, ou de plusieurs forces.
Parmi les corps solides, nous admirons les rhomboèdres que l’on obtient en frappant avec un marteau un fragment de spath d’Islande; nous admirons le diamant et l’or ; nous admirons certaines montagnes ; nous admirons la beauté éblouissante du soleil, la beauté plus modeste de la lune, et celle de tous les astres.
Parmi les corps liquides, l’eau limpide, tranquille ou courante, ou suspendue en gouttes aux feuilles et aux Heurs, nous paraît belle et digne d’admiration.
Parmi les corps gazeux, nous admirons la flamme vive du gaz éthylène ou oléfîant, la flamme pourpre du cyanogène, etc.
Enfin, parmi les fluides impondérables, nous trouvons belle l’étincelle électrique, soit qu’elle sillonne la nue, soit qu’elle brille concentrée en un foyer permanent formé par l’art du physicien.
Or, qu’il y ait des forces dans tous ces corps, et des forces agissantes, les physiciens n’en doutent pas. Écoutons et enregistrons sur ce point l’aveu de la science :