DEUXIEME PARTIE
d’ordre manifesté, que nous mesurons Ja beauté des corps inanimés.
Les corps solides inanimés ne sentent, ne pensent, et ne se meuvent pas eux-mêmes; il ne croissent, ni ne se propagent, ni ne décroissent, ni ne se développent en sens divers sur place, comme la plante. En quoi donc consiste leur puissance? Uniquement dans la résistance qu’ils opposent aux forces extérieures. Plus leurs parties adhèrent énergiquement les unes aux autres, plus il faut de force pour en détruire la cohésion, plus nous les estimons solides et forts; mais ce qui prouve une fois de plus que la puissance ne suffit pas ii constituer la beauté, c’est que le fer, par exemple, est très-résistant et très-fort, sans être un beau métal pour cela. Une autre condition est donc nécessaire. Vainement les lorces d’un corps, par leur action puissante, constituent et maintiennent la forme de ce corps, la beauté n’y est pas, ou n’y est que très-petite, si la forme naturelle et primitive, ou si la forme des parties séparées par la division n’a pas celte unité variée, celle variété harmonieuse, celle régularité géométrique en un mot, qui est aux yeux de la raison l’ordre même de la matière solide. Enfin, si la forme existe ordonnée et régulière, si elle se maintient dans les parties du tout une fois brisé, le corps a de la beauté; mais il en a bien davantage, lorsque par la vivacité de la couleur celte forme s’exprime et éclate tout entière, jusque dans ses lignes les plus ténues et dans ses moindres détails.
Ainsi, action puissante des forces internes, ordre
LA NATURE ET DIEU
de celte action, c’est-à-dire unité variée ou régularité de la forme, et, en dernier lieu, couleur lumineuse manifestant la forme et par la forme la force, tels sont les trois caractères de la beauté des corps solides. Tels sont aussi les trois caractères que l’observation reconnaît et constate dans les corps généralement admirés comme beaux.
Le spath d’Islande a par lui-même, dans la nature, une forme régulière qu’il garde en vertu de ses forces actives internes; c’est un hexaèdre régulier dont les deux bases sont des losanges ou rhombes égaux. De plus, sa couleur, quoique peu éclatante, rend sa forme très-visible. Voilà un cristal que tout le monde trouve beau, et dont la beauté se ramène évidemment à l’action puissante des forces réalisant un ordre riche et manifeste. Frappez ce cristal avec un marteau; il se divisera, mais chacune de ses parties sera encore un rhomboèdre semblable au premier; et si vous répétez l’expérience, vous rencontrerez toujours la même force agissant avec la même puissance, le même ordre géométrique, et reproduisant constamment les mêmes rhomboèdres de plus en plus petits, mais toujours réguliers.
Le diamant est l’objet de l’admiration universelle. Cependant, brut, vous ne lui accorderiez pas un regard. Mais lorsque le lapidaire l’a péniblement taillé, lorsqu’il lui a donné des formes régulières, le diamant garde invariablement ces formes. C’est sa dureté, c’est-à-dire sa force interne de résistance qui lui conserve ses faces si nettes et ses arêtes si lines. Mais ce qui ajoute infiniment à sa beauté, c’est que par son