‹ La science du beau, ses principes, ses applications et son histoireChapitre 163 sur 183 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

soleil viendra l’aspirer. Et pendant tout ce temps sa forme est ovale, régulière cl vivement manifestée par mille petits éclairs. L’eau pure d’un lac immobile est belle par cette même force d’adhérence qui en fait un tout parfaitement un où ne paraît pas la moindre solution de continuité. Elle est belle encore par la netteté avec laquelle elle suit et dessine les contours sinueux des rives. Elle est belle surtout parce que, réfléchissant avec une puissante fidélité le ciel et le paysage d’alentour, elle répète et redouble les beautés de la nature, agrandissant ainsi et multipliant à nos yeux les spectacles toujours aimés de la vie physique.

L’eau courante ou agitée par le vent n’offre pas ces tableaux à nos regards: mais elle a deux des plus frappantes apparences de la vie, le mouvement et le bruit. Séduits par son activité multiple et infatigable, facilement attentifs aux mille notes de sa voix tantôt aiguë, tantôt grave, tantôt tonnante et terrible, nonseulement nous attribuons à l’eau elle-même sa mobilité dont la pesanteur est la cause, mais encore nous lui prêtons volontiers une âme semblable à la nôtre : nous disons que la source chante dans son bassin sonore; que le ruisseau sourit, babille, murmure; que le fleuve gronde; que le torrent mugit; que la mer se courrouce et que, dans sa fureur, elle menace le ciel ; moins spiritualistes et plus épris de la forme plastique, nous glisserions sur la pente que suivit l’imagination grecque, et moitié poètes, moitié dupes, complices heureux de notre erreur, nous peuplerions sans effort ces claires ondes de naïades blanches voilées de leur seule beauté, de blondes reines des

LA NATURE ET DIEU

mers voguant sur des conques nacrées, de tritons chevelus, aux yeux glauques, aux membres athlétiques, roulant sur les vagues leurs queues de dauphins, et faisant cortège à tout une dynastie de divinités ruisselantes. Erreur, fiction, rêve, sans doute; mais fiction favorable aux beaux-arts ; rêve désormais reconnu pour rêve ; erreur enfin moins dangereuse peut-être que celle qui fait de chaque vague des mers une parcelle et comme une palpitation de la substance divine elle-même.

Souvent invisibles, les gaz sont dilatables, pondérables, inflammables aussi quelquefois. Nous admirons déjà leur active énergie, lorsque la science nous en montre et nous en explique les effets. Cependant, cette admiration est plus vive, plus sentie, je dirais plus esthétique, lorsqu’un corps gazeux se manifeste et s’exprime par une forme visible. Le feu qui brûle dans l’âtre ne nous réchauffe pas seulement, il nous est une société et un spectacle. Ces belles flammes qui captivent nos regards, et que nous ne nous lassons pas d’admirer, ces formes blanches, rouges, bleues, violettes, orangées, qui jaillissent du brasier pétillant, qui montent en pyramides, s’enroulent en spirales, s’allongent en fer de lance, rampent, glissent , lèchent le bois comme des langues souples de monstres cachés, ce sont des forces agissant puissamment selon les lois constantes du calorique et de la pesanteur.

Quant aux fluides impondérables, qui ne les a pas admirés? C’est une belle force, encore qu’invisible, que celle qui dirige vers le pôle l’aiguille du compas des marins. C’est une belle force, singulièrement ac-

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