‹ La science du beau, ses principes, ses applications et son histoireChapitre 164 sur 183 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

live et merveilleusement ordonnée, que celle qui en quelques secondes porte sur son aile notre pensée au delà des mers. C’est une force, belle jusqu’au sublime, que celle qui, pendant l’orage, trace sur le ciel noir son zigzag enflammé, avec une soudaineté terrible. Force ordonnée encore celle-là, quoiqu’elle nous trouble, puisque les phénomènes qui la révèlent obéissent à l’empire de lois invariables, dont la science seule pose la formule, mais dont le simple bon sens connaît la stabilité.

Ainsi toutes les beautés de la nature inanimée sont des forces actives et puissantes à des degrés divers, ordonnées dans leur action, ordonnées dans leur expression, et d’autant plus belles qu’elles sont plus actives, plus puissantes et plus richement ordonnées. Ces forces, nous les admirons, nous les proclamons belles et immatérielles en elles-mêmes: mais nous ne les exaltons pas. Nous les savons inférieures à la plante dont les actions sont celles d’un être organisé et vivant, susceptible d’accroissement et capable de se reproduire: nous les savons inférieures h l’animal en qui se rencontrent la locomotion, la sensibilité, beaucoup d instinct et quelque intelligence; nous les savons surtout inférieures à l'homme libre, perfectible, raisonnable, connaissant, lui, son propre idéal et y marchant comme et quand il le veut. Nous les savons surtout inférieures h Dieu et distinctes de lui autant que le fini le plus fini est distinct de l’infini lui-même.

Mais rien n’est isolé dans la nature : chaque être particulier est placé au milieu d’autres êtres qui for-

LA NATURE ET DIEU

ment groupe avec lui. Or, ces groupes d’ êtres, c’està-dire de forces, sont beaux aux mêmes conditions que chaque force particulière prise séparément. La beauté d’un groupe de forces naturelles s’explique par la puissance et par l’ordre du tout et des parties, par l’unité et la variété de l’ensemble, par la diversité, la proportion, la convenance réciproque et l’harmonie des détails. Le désert étendant a perte de vue ses plaines de sable brûlant a une grandeur imposante : mais il est plutôt sublime que beau, parce que l’ordre y disparaît dans l’immensité et que la variété de la vie en est absente. La pleine mer a le même caractère, quoique la puissance y paraisse davantage dans le mouvement des vagues dont le repos n’est jamais qu’une moindre agitation. Les pins et les genêts épineux répandent sur les landes quelque variété et quelque vie ; mais cette variété est uniforme, cette vie est maigre ; l’une et l’autre n’ont de beauté que celle de la tristesse et de la mélancolie. D’autre part, un frais bocage, abrité par une colline, au fond d’une vallée, et égayé par le murmure d’un petit ruisseau, réunit des forces naturelles variées et riantes ; mais la puissance y manque, et il n’est que joli. Autres sont les beautés célèbres de la nature que recherchent et admirent les amis des merveilles incontestées ; autres les spectacles qui attirent les regards du monde entier.

Celui qui, du haut de Saint-Pierre de Rome, dirige sa vue vers le sud, du côté d’Albano, par delà les collines qui portent la ville sainte, aperçoit devant lui la plaine fuyant vers les marais pontins ; à sa gauche et au-dessus des collines de Tivoli, la ligne de

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