DEUXIÈME PARTIE
l’Apennin; h sa droite la mer. C’est là un ensemble vraiment beau par la vaste harmonie qui y réunit les trois plus grandes formes de la nature terrestre, la montagne, la plaine et la mer. Mais au couchant, la mer s’allonge vide, sans îles, nue et plate comme la surface d’un métal poli ; au midi, la plaine se déploie jaune, aride, malsaine, sillonnée par des aqueducs rompus, parsemée de ruines; à l’est, l’Apennin borde l’horizon de sa masse rude et sombre. L’âme admire ce tableau grandiose; mais elle se sent oppressée en face de celte nature sévère où la variété est froide, l’harmonie morne, et où le sol, couvert des cendres infécondes du passé, 11e s’échauffe des rayons d’un soleil puissant que pour produire, au lieu de l’abondance et de la vie, des miasmes mortels.
A Naples, sur ces champs phlégréens, tout gonflés de tempêtes souterraines, la nature est belle d’une autre beauté; mais celte beauté se ramène encore à la puissance et à l’harmonie des forces physiques : sculemenl c’est une composition différente d’éléments et, qu’on nous permette le mot, une autre architecture. Parvenu sur le sommet du Vésuve et au pied du cône qui forme la bouche du cratère, il m’a été donné d’assister au plus magnifique concert des puissances physiques les plus diverses. Le volcan en fureur vomissait à intervalles rapprochés, avec un fracas formidable, sa charge enflammée qui retombait en grêle de pierres; à son flanc, une large ouverture livrait passage à un ruisseau de lave incandescente aux flots sanglants, lourds, inégaux, traînant sur leur dos des scories accumulées; quand ce tonnerre se taisait, on
LA NATURE ET DIEU
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n’entendait plus que le souffle d’un vent froid sous lequel tourbillonnaient les flocons d’une neige épaisse. - Au loin, sur la ville, le soleil étincelait; le golfe illuminé de ses feux arrondissait gracieusement la courbe de son rivage ; les îles bleues lui souriaient de loin ; et les balancelles, l’aile tendue, rasaient la mer tranquille, semblables à des goélands. Profondément ému, je contemplais en silence cette scène splendide. En de pareils moments, on ne réfléchit pas : lame éblouie ne peut guère que sentir le charme supérieur qui l’envahit, et dont la cause précise lui échappe. Mais, cherchant aujourd’hui le secret démon admiration d’alors, serais-je trop loin de la vérité en disant que le spectacle auquel j’eus le privilège d’assister était beau par l’action puissante, simultanée, harmonieuse, ordonnée et énergiquement manifestée du feu, de la neige, du vent, du soleil, du ciel, de la terre, en un mot de toutes les forces de la nature physique?
Mais c’est assez parler de la beauté créée. Recueillons-nous maintenant avec piété ; fermons les yeux et les oreilles. Plaçons-nous en esprit en face de la beauté éternelle et incréée. Aurions-nous ce bonheur que notre définition de la beauté s’appliquât rigoureusement à la beauté elle-même, à la beauté parfaite? Aurions-nous ce malheur que la beauté, telle que nous l’avons comprise, ne fut pas, à son degré suprême, identique à la première beauté ?