CHAPITRE IV
De la beauté de Dieu.
Deux excès à éviter lorsqu’on traite de la nature de Dieu. — Nécessité de la cause infinie. — Attributs métaphysiques; moraux. — Les attributs moraux sont des forces infinies; harmonie des attributs moraux. — Ordre de la nature divine. — Puissance et ordre en Dieu : beauté infinie. — Objections. — Réponses. — Conclusions.
Dieu est-il la beauté suprême? Les Grecs en étaient convaincus, et c’était là comme un dogme de leur religion. Ils avaient compris qu’en Dieu doivent se retrouver divinement toutes les plus excellentes perfections que l’homme ne possède qu’humainement. Par malheur, passionnément épris de la beauté du corps, et l’estimant à l’égal des perfections les plus liantes, ils en avaient revêtu même le maître des dieux, même ce Jupiter dont ils éprouvaient le besoin d’étendre la puissance au delà de toute limite. D’un dieu corporel à un dieu sensuel, il n’y avait qu’un pas, et ce pas fut franchi. De là tous les égarements de l’anthropomorphisme. Cette erreur, tout énorme qu’elle était, fut singulièrement favorable aux arts plastiques. Comme l’art ne pouvait prêter à Dieu que le corps le plus accompli, il fît un effort extraordinaire pour concevoir une forme physique digne de la divi-
LA. NATURE ET DIEU.'
ni té, et s’il échoua dans cette tentative chimérique, il découvrit du moins et fixa l’idéal de la forme humaine. Mais Jupiter et les autres dieux n’étaient que des hommes plus beaux seulement et plus grands que leurs adorateurs. De bonne heure, la raison des philosophes en fut blessée. Socrate et Platon s’élevèrent jusqu’à la notion d’un Dieu non corporel, non plus semblable à l’homme, mais pur esprit et type idéal à l’image duquel l’âme humaine a été créée et dont elle doit s’efforcer d’imiter, autant que possible, les absolues perfections. Ce Dieu immatériel, de mieux en mieux conçu, n’est autre que le Dieu parfait de saint Anselme, que le Dieu infini de Descartes, que le Dieu de Leibniz, simple en sa substance et faisant toutes choses pour le mieux, d’après les conseils de son intelligence infinie et de son inépuisable bonté.
Ce Dieu est-il beau, et s’il l’est, par quels caractères l’est-il ? Voilà le problème esthétique tel qu’il se pose ii l’égard de la divinité. Mais le seul énoncé de ce problème suppose que l’existence de Dieu est considérée soit comme évidente, soit comme démontrée. Pour que Dieu soit la beauté suprême, il faut d’abord qu’il soit. Or, la vérité essentielle qui sert de fondement à toute théodicée est-elle, à l’heure ou j’écris, généralement acceptée, et peut-on se dispenser d’en produire les preuves? Ce serait ignorer absolument l’état intellectuel de la société contemporaine que de concevoir sur ce point la moindre illusion.
De même qu’il existe un monde invisible que les yeux du corps ne connaissent pas, de même il y a d’autres éclipses que celles du ciel astronomique. Le