DEUXIÈME PARTIE
soleil des intelligences est sujet, comme celui de la nature, à de périodiques obscurcissements. De temps en temps, d’épaisses ténèbres s’interposent entre la raison humaine et les plus éclatantes vérités. En ces moments la splendeur de Dieu lui-même semble s’effacer et s’obscurcir, sinon disparaître. Quand cette nuit se fait, certains esprits en sont épouvantés, non pour eux-mêmes, car ils croient rester dans la clarté, mais pour ceux que celte nuit enveloppe. Au contraire, et c’est là le malheur, il arrive que ces derniers, non-seulement ne craignent rien et vivent tranquilles, mais encore s’imaginent que les ombres où ils sont plongés sont plus lumineuses que le jour. Alors une lutte s’engage dans laquelle le philosophe, convaincu que Dieu existe, doit prouver, autant qu’il le peut, que la négation de la cause infinie et vivante n’est qu’une éclipse; que cette éclipse, vraiment locale, ne se produit que dans 1 intelligence de l’athée, et qu’enfin, quelle que soit la durée de ce triste phénomène, l’astre inaperçu ne cesse d’être, ni de briller, ni d’exercer sa puissance.
Nous sommes aujourd’hui dans une situation pareille. Un souille d'athéisme a passé sur l’Europe. Sous cette influence, on a vu en peu de temps s’affaiblir la faculté de concevoir les choses divines et la puissance de les affirmer. Aux yeux de la philosophie spiritualiste, c’est là un amoindrissement de la raison humaine et, par conséquent, un mal immense. Les causes de ce mal, on les connaît : le tableau en a été plusieurs fois retracé dans ces dernières années. Il serait donc inutile de les énumérer de nouveau. Aussi
LA. NATURE ET DIEU
bien, elles peuvent toutes se ramener à une seule: or, cette cause unique de l’athéisme contemporain, la voici en quatre mots : l’esprit humain, h l’heure qu’il est, regarde trop au dehors, pas assez au dedans. Si Dieu est, Dieu est une cause, une cause agissante, infinie et parfaite. Mais le dehors, c’est-à-dire le monde matériel, ne nous présente ni la cause, ni l’infini, ni le parfait. Au contraire, le dedans, c’est-à-dire lame avec son caractère de force libre, avec ses idées rationnelles, nous parle clairement de la cause, de l’infinitude et de la perfection : bien plus, l’observation de notre vie intérieure nous montre la cause parfaite agissant sur notre âme par des effets que nulle puissance imparfaite 11e saurait produire, et qui attestent avec une autorité sans égale et mie évidence irrésistible l’éminente réalité de Dieu. Je voudrais, dans ce chapitre, constater premièrement que ni la contemplation la plus enthousiaste de la nature, quand elle se sépare de la psychologie et de la métaphysique, ni les sciences physiques et naturelles, réduites à l’emploi des méthodes qui leur sont propres, n’ont de quoi faire connaître à l’homme la cause parfaite et première de l’univers; je voudrais, en second lieu, et principalement, étudier dans l’âme même, au moyen de l’analyse psychologique, certains effets qui ne s’expliquent plus, si Dieu n’existe pas, et remonter de ces effets, par l’induction métaphysique, à la cause infinie qui en est le principe nécessaire. Je chercherai ensuite si Dieu est beau et en quoi il l’est.
Bien souvent, depuis le Psalmiste, on a répété que les cieux racontent à l’homme la gloire de Dieu. Cette