‹ La science du beau, ses principes, ses applications et son histoireChapitre 168 sur 183 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

pensée esl aussi vraie que belle. Cependant il importe de la réduire à son exacte valeur et de n’y pas voir 1 unique fondement de la théodicée. Certes, le langage de la nature, surtout quand elle se pare de toutes ses grâces et déploie toutes ses beautés, esl d’une pénétrante éloquence. Les splendides tableaux qu’elle étale à nos regards, les mille voix qu’elle fait entendre, disposent singulièrement l’âme à comprendre l’ordre et la grandeur de l’univers, et à chercher l’auteur invisible de ses magnificences. Nul philosophe n’ignore pourtant que le livre de la nature, quelque attrayant qu’en soit le texte, n’est ni lu par tous les hommes, ni par tous compris, moins encore expliqué par tous d’une seule et même façon. Il faut y voir l’esprit sous la lettre. La nature ne nous ollre que la lettre; c'est en nous-mêmes que nous trouvons l’esprit. Mais pour le trouver au fond de nous-mêmes, il est nécessaire de regarder dans notre âme. La nature excite l’homme à chercher Dieu; elle le lui fait pressentir, deviner, soupçonner; elle ne lui en apporte pas la conception essentielle.

L’histoire de la religion grecque en est un exemple et une preuve. C’est là qu’il faut apprendre combien sont bornés et confus les enseignements que l’humanité reçoit du spectacle de la seule nature physique au sujet de la divinité et de ses perfections. Certes, jamais plus doux pays n exprima sous des formes plus variées ni plus ravissantes la puissance d’une cause intelligente, excellente et sage. Un ciel serein laissait les regards suivre dans les pures profondeurs de 1 éther le cours harmonieux des astres ; des mers

LA NATURE ET DIEU

nombreuses, parfois irritées, mais plus souvent calmes et souriantes, semblaient de toutes parts s’approcher de l’homme, comme pour lui faire admirer la transparence de leurs eaux et le rhythme de leurs mouvements: une lumière intense et limpide, d’heureuses contrées, de gracieuses montagnes, un climat sain et fortifiant, étaient autant de signes éclatants qui auraient dû manifester aux âmes des Grecs, dès la plus haute antiquité, l’auteur et l’ordonnateur de l’univers. Mais on sait quelles furent leurs erreurs. Ils confondirent Dieu d’abord avec les éléments, puis avec l’homme. La nature eut beau faire : elle ne sut leur dire ni que Dieu était uu esprit, ni qu’il était parfait, ni qu’il était unique. Fendant de longs siècles, leurs idées religieuses ne furent guère que des rêves d’enfant mêlés de quelques lueurs de vérité, et ils 11e se réveillèrent enfin que lorsque Socrate, succédant à Anaxagore et précédant Platon, vint les contraindre, au prix de sa vie, à chercher Dieu, non plus dans le soleil, dans la terre ou dans les eaux, mais dans le sanctuaire de la conscience.

Impuissante à élever l’intelligence jusqu’à la véritable conception de Dieu, la nature physique, poétiquement contemplée ou méthodiquement observée, a-t-elle du moins la vertu de ramener à l’idée de la cause parfaite les esprits qui s’en sont détournés, et d’imposer souverainement cette idée à une science rebelle qui la repousse? S’il en était ainsi, notre siècle qui a porté, qui porte encore plus loin qu’aucun autre l’amour et la connaissance de la nature, aurait par cela seul de plus fortes croyances religieuses

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