DEUXIÈME PARTIE
qu’aucun des siècles antérieurs. Cependant c’est le contraire qui a lieu, ou du moins, si quelques représentants de la science contemporaine persistent h conclure par le scholie général de Newton, d’autres, plus nombreux peut-être, se persuadent sincèrement que le monde se sufïit, et que ce merveilleux effet est à lui-même sa cause.
Lorsque beaucoup d’esprits en sont arrivés à ce point, il est évident que le philosophe qui veut les ramener à la théodicée spiritualiste ne saurait leur proposer avec de grandes chances de succès la preuve physique de l’existence de Dieu. Adressé à des âmes qui n’ont jamais douté ni de la cause ni de l’infini, cet argument est plein de force : mais comment les novateurs, qui rejettent les causes et l’infini par delà les limites de la science, en seraient-ils touchés ? Aux métaphysiciens, qui leur parlent de l’ordre du monde, ces observateurs des faits matériels répondent hardiment : « Nous connaissons la nature mieux que vous, et nous n’y voyons pas vos entités chimériques. >? Ce n’est donc point par ce côté qu’il les faut aborder. Mais puisqu’ils sont restés sensibles à l’évidence des faits réels, positifs et scientifiquement constatés, ces faits fussent-ils invisibles, c’est-à-dire purement psychologiques, un moyen reste, à ce qu’il semble, de réveiller leurs facultés religieuses. Ce moyen, c’est de leur montrer dans l’homme tout un ensemble de faits religieux ou moraux plus évidents, plus certains encore que les phénomènes physiques; c’est d’établir ensuite rigoureusement que la cause de ces faits, nécessaire et infinie, est aussi positivement et réelle-
LA NATURE ET DIEU
meut existante que ces faits eux-mêmes. Nous allons essayer ici, selon nos forces, ce genre de démonstration. Il n’est point nouveau : les maîtres anciens, modernes, actuels, ont tour à tour employé celte méthode au grand profit de l’humanité. Nous ne prétendons qu’au modeste honneur d’en vérifier une fois de plus l’heureuse efficacité.
« L’homme est un animal politique, » a dit Aristote, dans son langage bref et vigoureux. Vive expression d’une vérité incontestable, ce mot est resté. Le philosophe aurait pu dire encore : « L’homme est un animal religieux. » Le mol serait également resté, et pour la même raison. En effet, l’homme est religieux par toute sou âme; chacune de ses puissances porte l’empreinte de ce caractère; chacune de ses facultés subit , et atteste en la subissant, l'influence de l’action divine.
Des facultés de l’homme, l’intelligence esf la première à recevoir l’impression de la divinité. Ce qu’on nomme, d’un terme vague, le sentiment religieux, est un fait complexe dans lequel en un instant presque indivisible, si l’on veut, la conception précède néanmoins l’émotion, car l’âme ne saurait ni aimer, ni désirei’ ce qu elle ignore absolument. Ainsi voyons d’abord comment Dieu se met en rapport avec notre intelligence.
J’ai l’idée de l’infini. Au premier aspect, cette idée est très-confuse. Si j’y attache quelque temps le regard de ma raison, elle s’éclaircit et devient l’idée de la perfection. Si je médile sur l’idée de perfection, elle s’éclaircit à son tour et devient pour moi l’idée de quelque puissance à laquelle rien ne manque : par