‹ La science du beau, ses principes, ses applications et son histoireChapitre 171 sur 183 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

que? Les savants appellent de ce nom certaines quantités plus grandes ou plus petites que toute quantité assignable. Descartes, dans son traité des Principes de la philosophie, rencontrant sur son passage de telles quantités, a refusé, lui, mathématicien de génie, d’y reconnaître le véritable caractère de l'infini : « Et pour nous, a-t-il écrit, en voyant des choses dans lesquelles, selon certains sens, nous ne remarquons point de limite, nous n’assurerons pas pour cela qu elles soient infinies, mais nous les estimerons seulement indéfinies. » Descartes a eu raison : ce faux infini des mathématiques n est que ! indéfini. On n’en peut rien tirer, ajouterons-nous, ni pour ni contre la perfection infinie avec laquelle il n’a rien de commun.

Il ne nous reste plus qu’à examine]* si le monde physique est infini, et si notre conception de l’infini n’est point tout simplement l’effet de la connaissance du monde physique. L’esprit humain est exposé, de notre temps, à des séductions dangereuses et à de redoutables éblouissements. Autour de lui, les horizons reculent, les abîmes s’ouvrent, les prestiges abondent, l ue science puissante le prend sur ses ailes, l’enlève dans les deux, le porte d’astre en astre, de svstème en système, et lui dévoile, d’une main sûre, les mystères de l’immensité. A l’aspect «le ces grandeurs éclatantes, comment n’ètre point pris de vertige, comment ne pas croire à 1 infini «le cette sphère « dont le centre est partout et la circonférence nulle part » '? Comment ne point courber le front cl

Pascal, Pensrex.

LA NATURE ET DIEU

n’adorer point ce cosmos qui, tout en nous inondant de sa lumière, écrase notre petitesse et semble, par sa splendeur et sa puissance, égaler la nature à la divinité? Mais c’est à ce moment qu’intervient la métaphysique. A la science enivrée de ses imaginations elle oppose les enseignements mêmes de la science ; elle lui rappelle que chaque monde est borné, mobile dans l’espace, changeant dans sa forme, imparfait par conséquent; elle en conclut que l’univers, composé d’éléments imparfaits, est nécessairement imparfait luimême. Au lieu de surfaire le monde et de l’enfler, tout en l’admirant, elle le réduit à sa mesure, et montre enfin que notre idée de la perfection n’a là ni son objet ni sa cause.

Voici donc, pour terminer sur ce point, le dilemme que la métaphysique est en droit de poser à la science: il faut, de deux choses l’une, ou que vous disiez que l’idée du parfait, qui est positivement en nous, n’a point de cause; — ou que vous reconnaissiez que cette idée a pour cause un être parfait qui n’est ni l’homme, ni l’espace, ni le temps, ni l'infini mathématique, ni l’univers.

Et maintenant puisque le parfait produit l’idée que j’ai de la perfection, le parfait est une cause. Puisque le parfait est une cause parfaite, il est nécessairement une cause intelligente, car sans intelligence, il serait imparfait. L’intelligence sans conscience est imparfaite : le parfait est donc une cause consciente d’ellemême. Ce n’est pas tout : l’idée que j’ai du parfait est le résultat de l’action exercée par le parfait sur ma raison. Le parfait est donc une puissance non-seule-

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