‹ La science du beau, ses principes, ses applications et son histoireChapitre 172 sur 183 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

ment existante, mais encore vivante, car agir, c’est essentiellement vivre. On le voit donc : il y a une action de Dieu sur mon intelligence, et cette action démontre que Dieu est non une idée, non une catégorie logique, non un pur concept, mais un être réel, le plus vivant de tous les êtres.

Mais si l’action du parfait sur la raison humaine est positive, certaine et féconde en conséquences, n’y al-il pas aussi quelque action de Dieu sur notre sensibilité qui rende manifeste par un signe nouveau la réalité de la cause parfaite et vivante?

Lorsque la cause infinie et parfaite a été plus ou moins clairement conçue, cette conception excite dans l’àme de nombreux phénomènes de sensibilité. L’analyse et la description de ces phénomènes formeraient ;i elles seules un chapitre long et très-important de psychologie religieuse. Obligé de nous restreindre, nous n’étudierons cette fois que celui de ces sentiments qui, sous sa triple forme et ii ses trois degrés, s’appelle le goût, le désir et l’amour de la perfection divine.

Les maîtres de la philosophie grecque s’étaient bien gardés de laisser dans l’ombre ce grand et saisissant aspect de la théodicée. Et en effet, quel tort ne fait-on pas ii la science de Dieu, quand on en retranche tout ce qui intéresse l’àme et la touche au vif! Sans doute nulle science n’a plus que celle-là besoin de sévérité et de rigueur: mais réduite à la sécheresse de l’algèbre, elle perdrait de sa force, et les géomètres n’en seraient ni plus ni moins épris. Le géomètre Platon l’avait senti : sa théorie de l’amour est aussi célèbre que profonde et brillante. Aux yeux de l’auteur du Phèdre

LA NATURE ET DIEU

et du Banquet, ce que l’homme, cet ancien hôte du ciel exilé sur la terre, goûte, désire, aime dans les êtres mortels, c’est uniquement quelque lointaine ressemblance avec Dieu jusqu’au jour où, ayant retrouvé tout entiers ses souvenirs d’en haut, il se détache des affections terrestres, et ne goûte, ne désire, n’aime plus que le bien absolu lui-même. Ainsi, et quoiqu’en y mêlant la gratuite hypothèse de la réminiscence, Platon a constaté et décrit la puissance souveraine de l’attrait divin. En ce point, comme en tant d’autres, l’austère Aristote a imité son maître, non toutefois sans modifier la pensée de Platon. Le Dieu de la Métaphysique est le premier intelligible, mais il est aussi le premier désirable. Il meut les êtres par le désir qu’excite sa beauté, et c’est par le désir qu’à ce principe excellent et vivant sont suspendus le ciel et toute la nature, avides de s’élever jusqu’à l’objet de leur amour. H serait trop long d’indiquer ici, même brièvement, les nombreux systèmes de philosophie païens ou chrétiens, et surtout mystiques, où l’on trouve distingués et comptés les degrés et les phases de l’amour divin. Si le phénomène est réel, regardons au fond de notre conscience, et nous l’y trouverons infailliblement.

Pour découvrir ce que nous cherchons, faisons l’expérience suivante : après avoir conçu l’idée de l’intelligence parfaite, maintenons cette idée en présence de notre raison; pensons-y longuement, attentivement, et examinons si cette pensée n’est pas accompagnée ou suivie de quelque sentiment, de quelque émotion.

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