‹ La science du beau, ses principes, ses applications et son histoireChapitre 175 sur 183 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Dieu. Dieu est par conséquent la réalité substantielle de la loi morale. Pau conséquent encore, si vous niez Dieu, vous enlevez à la loi morale sa réalité, sa nécessité, son éternité et, du coup, vous l’anéantissez. Ainsi le choix n’est pas permis ; il faut affirmer à la fois Dieu et la loi morale, ou nier l’un et l’autre.

Il résulte de là que la loi morale est par nous conçue à litre de vérité éternelle, c’est-à-dire comme une affirmation de l’intelligence parfaite. Mais, nous l’avons précédemment prouvé, la conception du parfait est produite en nous par le parfait lui-même. D’où il faut conclure que cet acte île l’intelligence parfaite qui s’appelle l’éternelle affirmation de la loi morale n’est conçu par nous que grâce à une action exercée par la raison parfaite sur notre imparfaite raison.

Allons plus loin. Par rapport à la raison, la loi morale est une vérité nécessaire ; par rapport à la liberté, celle loi est un principe obligatoire. Nier la loi du devoir, c’est être absurde ; la violer, c’est être coupable ; être coupable, c’est être imparfait. Mais un être qui éternellement se conformerait à l’obligation morale, serait un être parfait : il aurait la volonté parfaite. Je conçois un tel être : j’ai donc l’idée d'une volonté parfaite.

Celte conception de la volonté parfaite sollicite la pensée et la captive fortement. Dès qu’on l’a entrevue, malgré soi on s’v arrête ; on ne peut s’empêcher de l’approfondir. Prétendre l’épuiser serait trop téméraire. Mais à n’y prendre que ce qui est accessible à notre raison, voici pour le moins ce qu’on y voit.

LA NATURE ET DIEU

Ce 11e serait point être tout parfait que d’affirmer éternellement la loi du bien, de vouloir même l’accomplissement de cette loi, sans l’accomplir soimême. La raison parfaite doit être aussi la volonté parfaite, et, comme telle, elle doit faire elle-même le bien qu’elle veut et prescrit. La volonté parfaite est donc elle-même le bien en acte, le bien toujours accompli, le modèle vivant du bien, le bien dans sa perfection à la fois idéale et vivante.

Maintenant redescendons un instant de ces hauteurs. Au lieu de contempler la volonté absolument parfaite, cherchons parmi les hommes celui dont la volonté nous paraîtra se l’approcher le plus ou s’éloigner le moins de la perfection. Un tel homme est ce qu’on appelle un beau caractère. Cherchons bien : il s’en trouve encore de pareils ici-bas. Ce noble caractère une fois rencontré, attachons-nous à lui, lions notre destinée à la sienne, écoutons ses discours, suivons ses conseils, recueillons les exemples de sa vie loyale et pure. Et puis examinons en psychologue attentif ce qu’il sera advenu de nous.

Évidemment, au bout d’un certain temps, nous aurons pris l’habitude d’imiter notre modèle. Celte habitude sera l’œuvre de notre libre volonté ; mais, prenons-y garde, notre volonté n’en aura pas été l’unique ouvrière. Ce que l’on voit faire tous les jours, à toute heure, on n’a pas toujours besoin de le vouloir faire soi-même : on arrive à le faire involontairement, instinctivement. Peu à peu, à notre insu, par une sorte d’heureuse contagion, par je ne sais quelle influence insensible et pénétrante, par une impression

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