‹ La science du beau, ses principes, ses applications et son histoireChapitre 178 sur 183 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

connue. Le remords prouve la conception de la loi morale, et la conception de la loi morale prouve le Dieu juste qui la révèle à notre raison. Et la même méthode ferait sortir la même conclusion de l’étude du phénomène qui porte le nom de satisfaction de la conscience.

Rattachés ainsi à leur cause première, ces deux grands faits de notre vie intérieure, le remords et la satisfaction de conscience, acquièrent une importance métaphysique considérable. A ce point de vue, ils apparaissent comme les effets d’une puissance divine qui, par notre raison qu elle éclaire et par notre sensibilité qu'elle émeut, exerce son action jusque sur notre liberté, sans toutefois la contraindre. Ce n’est plus ici seulement l’intelligence, c’est l’homme invisible tout entier qui montre la marque de l’ouvrier empreinte sur son œuvre.

Nous ne pousserons pas plus loin celte recherche. Les précédentes analyses suffisent au dessein que nous nous étions proposé. Il ne nous reste donc plus qu’à les résumer et à conclure brièvement.

L’observation psychologique découvre au fond de la conscience un ensemble de faits qui tous ont un commun caractère et doivent être nommés faits religieux. Ces phénomènes, qui appartiennent à nos trois facultés, ont pour principe la conception de l’être parfait. En effet, selon que cette conception demeure obscure, s’éclaircit ou se voile, les phénomènes religieux sommeillent, s’éveillent et s’exaltent, ou semblent s’évanouir. fiais la conception de l’être parfait exige une cause nécessaire qui ne peut être que la perfection in-

LA NATURE ET DIEU

finie réellement existante. C'est donc Dieu qui, par l'idée de lui-même qu’il a imprimée dans notre raison, produit en nous les phénomènes qui croissent ou décroissent comme la clarté de cette idée. Ces phénomènes religieux proclament ainsi l’existence réelle de la perfection, comme l'effet proclame la cause.

Dieu existe donc : il existe à titre de cause nécessaire et parfaite. Parfait, toutes les perfections lui appartiennent. Aussi ai-je été entraîné, chemin faisant, à lui en attribuer qui étaient évidemment inséparables de son essence. Me flatter de les concevoir et embrasser toutes serait insensé ; mais lui refuser, sous un prétexte quelconque, celles qui sont, à n’en point douter, des perfections, serait déraisonnable. Comment discerner celles-ci? D’une seule manière : en cherchant dans l’homme les facultés qui, revêtues d’infirmités, deviennent aussitôt des perfections aux yeux de la raison ; en mettant en Dieu, mais avec des proportions infinies, ce qui, dans ma propre nature, est un reflet lointain de la perfection elle-même.

L’intelligence infinie qui connaît sans effort et sans fatigue tout ce qui est, fut et sera, est une perfection. La toute-puissance infinie et toujours active qui crée les mondes de rien est une perfection. La bonté infinie qui aime toutes les créatures, qui ne permet le mal que pour le bien, et qui fait sortir le bien du mal même, qui rend à chacun selon ses mérites et pardonne à qui rentre dans la loi, est aussi une perfection. Toutes les perfections conviennent à Dieu: donc Dieu est l'intelligence infinie, la toute-puissance infinie et l’infinie bonté.

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