PREMIERE PARTIE
Non, lin pareil exemplaire de chaque genre ne se retrouve jamais au fond de noire intelligence. Je vais plus loin, et je dis qu’il 11e peut y exister.
Qu’011 y pense : le vrai type idéal du lis, le lis idéal, si je pouvais me le représenter exactement, devrait avoir la complète beauté du genre telle que le genre la peut revêtir non seulement à une époque donnée, mais h tous les instants de la vie de chaque individu. Il y aurait l’exemplaire du lis qui a une heure d’existence, l’exemplaire du lis qui a un jour, qui en a deux et ainsi de suite. De même pour l’homme idéal: il y aurait le type idéal de l’enfant naissant, de l’enfant :i chacune des heures du premier âge, puis le type idéal de l’adolescent aux diverses phases de son développement. Il faudrait qu’il y eut autant de types idéaux que l’homme vit de journées ou même d’heures lorsqu’il accomplit une carrière complète. Car s’il est un âge où l’homme a toute sa beauté, on est bien forcé de reconnaître qu’il y a une beauté pour chaque âge. Ainsi l’idéal serait une image successive et progressive dans sa perfection, comme la réalité est une image qui se transforme constamment et se modifie de la naissance à la mort. Qui ne voit qu’une pareille image 11’existe nullement? Qui ne comprend qu’elle se dérobe, par sa mobilité insaisissable, à la puissance d’imaginer? L’idéal de chaque genre n’est donc pas à vrai dire imaginé ; ce n’est ni une image fixe, ni un patron arrêté, ni un exemplaire invariable.
Cet idéal est quelque chose, cependant, à 11e le considérer quedans l’esprit. Cen’estpas une image; c’estune conception. Ce n’est point une figure; c’est l’ensemble de
THÉORIE
certaines lois que la raison impose aux images vraies ou fictives, pour les rendre plus semblables à la beauté. La réalité jette sur notre chemin un être charmant, mais d’une beauté incomplète. Notre raison s’éveille et juge : elle distingue ce qui est admirable de ce qui ne l’est pas. L’idéal serait cet être, plus ce que la raison y regrette et y ajoute. Encore ne serait-ce qu’un moment de l’idéal. Mon imagination, si je suis peintre, rêve une figure ravissante ; ma main l’ébauche. Je regarde mon œuvre. Hélas ! ce n’est pas cela. Que n’est-ce point? Ce n’est point l’image que j’aurais produite si ma raison avait pu réussir à conduire mon imagination et ma main. Ainsi, ne prêtons pas à l’idéal ce qui n’est pas en lui. Ce qui est à lui et en lui, c’est, je le répète, un ensemble de lois que la raison conçoit et pose. Quant à l’idéal réalisé, .à l’idéal dans chaque genre, c’est l’être tel qu’il serait s’il se soumettait pleinement à ces lois régulatrices.
Or, cet idéal du genre, s’il venait à paraître à mes yeux, aurait au plus haut degré la pleine grandeur des formes. C’est pour celte raison que la pleine grandeur des formes est un caractère essentiel de la beauté dans chaque genre d’êtres revêtus de formes visibles.
Afin de savoir si ce caractère de la beauté visible est le seul, poursuivons notre recherche.
Quoique composée de parties nombreuses, cette plante est une. C’est là un lis, et non deux, trois, quatre lis. Ses fleurs, les tiges qui les portent et les pétales qui les forment, ses feuilles grandes et petites, tout cela est une seule plante, un seul lis. Il y a donc