PREMIÈRE PARTIE
lui et la vie qu’il doit signifier, le rapport est détruit ou n’a jamais existé.
Puisque je parle de la puissance vitale du lis à propos de l’unité des formes, comme j’en ai parlé à propos de leur pleine grandeur, il est nécessaire que je connaisse cette puissance. Comment l’ai-je connue ? Mes sens, assurément, ne me la montrent pas. Mon œil ne voit pas l’agent mystérieux qui pousse la sève de la racine à l’extrémité des feuilles et des pétales. Mon oreille n’a jamais entendu ni le bruit de cette merveilleuse opération, ni l’effort du moteur qui l’accomplit. Là-dessus, mon sens intime ne sait non plus rien m’apprendre. Si l’expérience ne m’endit rien, l’induction, qui ne peut que répéter en le généralisant le témoignage de l’expérience, l’induction restera muette, elle aussi. Mais je sais de science certaine qu’il y a une puissance vitale sous l imité visible de tel lis particulier. Je sais de science non moins certaine que cette puissance vitale est et sera dans tous les individus de l’espèce tant que l’espèce subsistera. C’est donc ma raison qui a conçu cette puissance, qui en a l’idée et qui affirme l’existence de cette énergie vitale sous certaines formes visibles.
De plus, si l’évidence 11e m’a pas trompé, l’unité des formes n’a que la beauté empruntée d’un signe, et la beauté n’est proprement possédée que par la chose signifiée qui est, dans le cas présent, la puissance vitale. Mais la puissance vitale est invisible. Donc, jusqu'à présent du moins, mais cependant pour la seconde fois, ma raison me dit que la beauté essentielle d’une chose même visible est invisible.
THÉORIE
En somme : l’unité des formes visibles est une des manifestations, un des signes absolument expressifs de l’imité de la puissance vitale dans le lis, et l’unité idéale de cette puissance invisible est un des caractères essentiels de la beauté de cette espèce de fleur. Et un iis est beau au degré même de puissance vitale qu’il exprime par l’unité de ses formes.
Il est beau au degré où il exprime l’unité de la puissance idéale. Il n’est donc beau qu’a un certain degré, et on ne peut dire qu’il soit absolument beau. Comment suis-je capable déjuger que celis n’est beau qu’à un certain degré? Sans aucun doute parce que je trouve que l’uniié de puissance vitale qu’il exprime n’égale pas une certaine imité de puissance vitale dont j’ai l’idée et que je déclare complète, inaltérable, absolue. Celle-ci est un type dont je me sers pour mesurer la beauté des êtres dont la puissance vitale est bornée. Et ce type, que ne m’a jamais montré l’expérience, est conçu par ma seule raison.
Maintenant, si j’énumère les phénomènes intellectuels provoqués en moi par le spectacle de la beauté de cette fleur, j’en reconnais quatre : î° la perception au moyen des sens de l’unité matérielle du iis ; 2° la conception par la raison de l’unité invisible de la puissance vitale ; 3° un rapport établi par la raison entre l’unité invisible qui est exprimée et l’unité visible qui l’exprime; 4° la conception par la raison d’une puissance de vivre absolument et invariablement une, que je juge idéalement belle et qui me sert à mesurer le degré d’unité et de beauté des puissances vitales finies.