PREMIÈRE PARTIE
Mais ce n’est pas tout. De deux lis. je juge que celui qui manifeste une plus parfaite unité de puissance vitale est aussi le plus beau. Je suis certain et j’affirme que celui qui manifesterait cette unité vitale au plus haut degré serait le plus beau du genre. L’idée du genre intervient donc dans mes jugements sur l’unité idéale comme elle est intervenue dans mes jugements sur la grandeur des formes. De là un cinquième fait intellectuel qui s’ajoute aux quatre précédents.
Le résultat dernier de ces opérations de mon esprit, c’est que la beauté de la fleur que j’ai observée a un second caractère. Le premier était la pleine grandeur de la puissance vitale exprimée par la pleine grandeur des formes visibles. Le second est l’unité de la puissance vitale exprimée par l’unité des formes visibles.
Je suis loin, je le crains, d’avoir épuisé rémunération et achevé l'analyse des caractères de la beauté du lis. Mais la question est de découvrir la vérité, non d’avoir tôt fini. Examinons donc sans nous lasser, jusqu’à ce que l ieu plus ne s’offre à notre examen.
En même temps qu elle est une dans ses formes, cette fleur est de formes variées. Celle variété est-elle un des éléments de sa beauté? Tout le monde le dit; je le dis comme tout le monde. Essayons néanmoins de voir si le contraire est soutenable. Augmentons d’abord, puis diminuons celte variété de formes, et voyons ce qui en résultera. Je divise exactement en deux parties tous les pétales de ce lis, toutes les liges de ses fleurs, et toutes les feuilles grandes et petites. Par cette division, la variété de la plante est doublée. Qu’y a gagné sa beauté? Puen, et, ce qui est pis, elle y
THÉORIE
a presque tout perdu. Opérons maintenant en sens inverse, et diminuons la variété des formes : arrachons un pétale, jetons au vent la moitié des feuilles. Autant de profondes atteintes portées à la beauté de la fleur. La variété native de ses formes était donc un des éléments nécessaires de sa beauté.
Mais cette variété visible des formes du lis seraitelle belle si elle n’était h aucun degré le signe expressif de l’action variée d’une certaine puissance vitale ? Les faits répondent négativement. Le lis soudainement desséché n’est plus beau, en dépit de la variété encore à peu près entière de ses formes ; ou s’il a conservé quelque beauté, ce n’est que parce que, tel qu’il est, il rappelle encore la vie qui l’animait naguère. Un lis vivant, que je viens de mutiler, est plus beau dans la variété à peine reconnaissable de ses formes dégradées qu’un lis artificiel intact dans sa correcte élégance. Enfin, celui-ci n’est beau jusqu’à un certain point que grâce à cette apparence de vie, que d’habiles mains lui ont communiquée.
La vie variée, l’action variée de la puissance vitale, voilà le troisième caractère de la beauté essentielle du lis. La variété visible de ses formes tire toute sa beauté de cette beauté vitale qu’elle exprime. Et, encore un coup, cette puissance de vitalité qui échappe à mes sens est conçue et affirmée par ma seule raison.
Ainsi le troisième caractère essentiel de la beauté du lis, c’est la variété avec laquelle agit en lui la puissance vitale ; et les formes visibles du lis sont belles par leur variété en tant et tout autant que celte