‹ La science du beau, ses principes, ses applications et son histoireChapitre 23 sur 183 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

variété de formes manifeste l’action variée de la puissance vitale. Or, ici comme précédemment, cette puissance est tout à fait invisible en elle-même, et invisible aussi est sa réelle beauté.

Jusqu’ici donc trois caractères essentiels de la beauté du lis : 1° la pleine grandeur de la puissance vitale exprimée par la pleine grandeur des formes visibles ; 2° l 'unité d’action de la puissance vitale exprimée parl’wmVé des formes visibles; 3° la variété d’action de la puissance vitale exprimée par la variété des formes visibles.

Que l’on veuille à présent revenir avec moi sur cette unité et sur cette variété, et les considérer plus attentivement encore. Dans la Heur en question, l’unité n’est pas toute d’un coté, ni la variété toute d’un autre. En quelque partie que j’envisage ce lis, j’y trouve à la fois l’unité cl la variété ; ou, pour mieux dire, l’unité dans la variété et la variété dans l’unité. Mais cela veut être clairement expliqué, car rien n’est plus vague dans la plupart des théories que ces deux termes d’unité et de variété toujours répétés, rarement ou jamais éclaircis.

Le lis que voici est une seule plante. Mais dans celle plante il y a le pied, les feuilles, les tiges, les fleurs, les parties des fleurs, éléments variés rassemblés tous en un seul et même objet. Ce n’est pas tout: allons aux détails. Chaque feuille est une seule feuille : toutefois, une ligne médiane la divise, pour le regard sinon effectivement, en deux moitiés dont chacune est semblable à l’autre. Cette division delafeuille varie l’unité, mais en même temps la similitude des deux moi-

THÉORIE

liés, de la feuille unifie la variété. La Heur est une aussi; mais elle est divisée en un certain nombre de pétales semblables. Cette division de la fieur en pétales diversifie l’unité; mais la similitude des pétales et leur insertion autour d’un centre commun unifient la diversité. Regardons encore : chaque pétale est un seul pétale ; mais, comme la feuille, lepétaleest divisé pour le regard, quoique sans solution de continuité, en deux moitiés semblables. La division du pétale par la ligne médiane varie l’unité ; mais l’exacte jonction des deux moitiés du pétale et leur similtude unifient la variété. Voilà, dans les formes de ce lis, comment l’unité est variée et la variété une.

Or, cette unité dans la variété et cette variété dans l’unité sont-elles un trait de beauté? C’est l’opinion reçue. Peut-être celte opinion est-elle fausse. Eprouvons-la. Prenez des ciseaux et découpez à votre gré un seul des côtés de chacune des feuilles et de chacun des pétales : faites de celui-ci un carré long, de celui-là une manière de scie, d’un troisième une broderie aux festons arrondis, et ainsi de suite. Vous aurez singulièrement altéré l’unité et la variété des formes, et cette altération, loin de laisser intacte ou d’augmenter la beauté du lis, aura fait de cette plante la caricature d’elle-même. Or, voyez en quoi a consisté au juste l’altération des formes : en ceci manifestement que la variété y est maintenant trop variée et y manque d’unité. La variété une est donc un des traits essentiels de la beauté. Procédez, si vous voulez, en sens contraire : coupez et enlevez la moitié de chaque feuille et do chaque pétale, vous aurez encore de

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