‹ La science du beau, ses principes, ses applications et son histoireChapitre 24 sur 183 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

l imité, puisque toutes ces moitiés de feuilles et de pétales seront unes par leur similitude et par leur présence sur la même plante. Mais cette unité 11e sera plus assez variée, chaque moitié de feuille et de (létale n’étant plus qu’une au lieu d’être deux comme auparavant. L’unité 11’étant plus assez variée, la beauté de la plante en sera de beaucoup diminuée, pour ne pas dire anéantie. L’unité variée était donc un des éléments nécessaires delà beauté du lis.

Mais je remarque que l’unité variée et la variété une sont ce que tout le monde appelle harmonie. L’harmonie des formes visibles est donc un des caractères essentiels de la beauté de celte fleur. El comme l’harmonie se ramène à Limité et à la variété comme à ses deux seuls éléments, tout ce que nous avons dit de l’unité et de la variété doit exactement être répété de I harmonie où elles se fondent en un seul caractère. Ainsi, une certaine harmonie de formes me paraît belle. Pourquoi? Parce qu elle exprime une certaine action harmonieuse de la puissance vitale. Il serait facile de noter dans ce cas les mêmes phénomènes intellectuels et surtout rationnels que dans les cas précédents. Il est du moins indispensable de constater que l’harmonie visible 11’est belle que comme expression de 1 harmonie invisible, et celle-ci comme reflet deT harmonie absolument idéale.

Ma raison, en effet, conçoit une harmonie que tout rappelle et que rien n'égale dans les êtres finis. Dans celle harmonie idéale, Limité et la variété sont en parfait équilibre. Elle n’est pas née, elle 11e périra pas, elle ne sera jamais altérée, jamais diminuée ni

THÉORIE

augmentée. Celte harmonie est pour moi le type de toutes les autres, et c’est par rapport à celle-là que je mesure les autres et que je les admire.

Mais, en la jugeant esthétiquement, je n’isole pas cette fleur de son genre. Nettement ou confusément, je la rattache et je la compare à ses pareilles. Pour la déclarer belle, je n’exige pas qu elle exprime l’harmonie idéale et absolue. Je dis qu’elle aurait l’un des traits essentiels de la beauté qu’elle comporte, si je voyais briller en elle toute l’harmonie qu’admet le genre qui est le sien. Je dis qu’elle a une partie de la beauté de son genre quand elle présente à mes regards un certain degré de l’harmonie qui est celle de son genre. C’est que, sans être en état d’en marquer la juste mesure, je sais qu’il y a pour son genre un maximum d’harmonie. Ainsi, l’idée du genre s’associe, dans mon esprit, à l’idée de l’harmonie qui caractérise la beauté, comme l’idée du genre s’était déjà associée à l’idée de la grandeur et à celle de l’imité des formes.

Quoique l’harmonie ne soit que la résultante des deux caractères précédents, nous la compterons, pour plus de clarté, connue un caractère de beauté distinct des autres, et ce caractère sera le quatrième.

Comme on vient de le reconnaître, célte harmonie est double. Invisible dans la puissance vitale ellemême, elle est visible dans les formes qui expriment à nos yeux cette puissance cachée. Eh bien, cette unité variée, celte variété une des formes visibles du lis n’est autre chose que l’exacte correspondance de certaines parties semblables qui se répètent de l’un et

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