‹ La science du beau, ses principes, ses applications et son histoireChapitre 25 sur 183 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

l’autre côté, soit d’une feuille, soit d’un pétale, soit d’une fleur, soit de la tige, soit du pied. Mais cette exacte correspondance de certaines parties semblables se désigne, en botanique comme en minéralogie, en physiologie et en architecture, par le nom de symétrie . De sorte que la symétrie, dans la fleur, est, au vrai, l’harmonie visible, expression de l’harmonie cachéede la vie, et par conséquent l’un des éléments de la beauté visible ou expressive de la fleur.

A ces quatre caractères du beau, savoir : la grandeur, l’unité, la variété et l’harmonie, s’en ajoute un cinquième non moins essentiel que ceux-là, de l’avis du sens commun aussi bien que de l’avis de la science. Ce cinquième caractère, c’est la proportion. Ne définissons pas encore la proportion ; contentons-nous, pour le moment, de bien la reconnaître et de nous assurer qu’elle est dans tout lis vraiment beau, et que là où elle manque, la aussi manque la beauté.

La masse de feuilles qui compose le pied du beau lis a une certaine largeur, une certaine hauteur, en un mot des dimensions en tous sens qui sont en rapport entre elles et avec la grandeur totale de la plante. Les tiges ont une grosseur et une hauteur qui sont en rapport avec le pied et avec les fleurs qu’elles supportent. Chaque fleur a des dimensions qui sont en rapport avec celles de sa lige, de telle sorte que la tige n’est ni trop mince, ni trop grosse pour les fleurs. Ces rapports entre toutes les dimensions de la plante, tout le monde les mesure d’un coup d’œil sans être mathématicien, et tout le monde affirme que c’est là un des traits de beauté de la plante. Reste à savoir si

THÉORIE

tout le monde se trompe. Consultons sur ce point l’évidence qui, même méconnue par tout le monde, aurait encore raison contre tout le monde. Changeons les rapports naturels qui existent entre les diverses dimensions de la plante. Fabriquons un lis artificiel dont la masse des feuilles au pied n’ait que six pouces de diamètre, dont la tige ait quatre pieds de haut avec la grosseur ordinaire, et dont les Heurs n’aient que la grandeur de celle d’un liseron, sans être plus nombreuses qu’auparavant. Dans celle plante étrange, personne ne retrouvera ni un lis, ni la beauté du lis. Tentons une autre expérience : agrandissons de beaucoup le pied, de façon qu’il ait deux mètres de tour : réduisons les tiges à la hauteur de deux pouces, et que les fleurs aient des pétales de dix pieds de long. Autre monstre, autre laideur. Donc les proportions du lis sont un des caractères de sa beauté.

Toutefois, ces proportions ne sont pas belles par elles-mêmes et absolument. On va le voir. Présentez à qui vous voudrez deux lis, l’un vivant, mais de proportions un peu défectueuses, l’autre de proportions parfaites, mais artificiel. Sans aucun doute, la fleur vivante, malgré ses proportions incorrectes, sera plus admirée que la fleur artificielle, malgré ses exactes proportions. Preuve évidente que la vie, même sans la proportion des formes, est plus belle que cette proportion de formes sans la vie. D’ailleurs, lorsqu’une fleuriste renommée met en œuvre tout son art pour faire un beau lis, à quoi visent ses efforts, de son propre aveu ? A réaliser de belles proportions abstraites? Eh ! non; ce qu’elle veut, c’est nous faire croire

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