‹ La science du beau, ses principes, ses applications et son histoireChapitre 27 sur 183 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Mais celte énergie vitale, bornée et intense à la fois, suffit à donner à la lleur l’un de ses traits essentiels de pleine beauté, lorsqu’elle égale la plus haute intensité de vie où puisse atteindre le genre. De sorte que cette fois encore l’idée de beauté s’éclaire de l’idée du genre dont la raison se sert pour la mieux circonscrire.

Un septième caractère est communément regardé comme inhérent à la complète beauté du lis. Ce caractère, charmant par-dessus tout, c’est la grâce. Sans définir encore la grâce par son principe interne, ce qui ne sera possible que plus tard, reconnaissons dès à présent la grâce en l’envisageant sous ses plus extrêmes dehors, et cherchons si, comme on le prétend, elle est l’achèvement nécessaire de la beauté.

Les feuilles du pied de notre beau lis montent d’abord un peu en s’éloignant de la terre: puis à une certaine hauteur, elles se recourbent, et leur pointe retombe vers le sol. Cette courbe qu’elles décrivent avec souplesse me parait gracieuse. Les pétales de la fleur, arrondis sur les côtés, s’évasent par en haut, et ces formes arrondies et évasées me paraissent gracieuses. Si, la nuit, un peu de pluie est tombé et s’est amassé au fond du calice, cette augmentation de poids fait pencher la fleur comme une jeune tète sur un col flexible, et cette légère inclinaison me paraît encore gracieuse. Un vent frais ploie la tige et la balance sur le pied ; mais, ployée et balancée, la lige se relève toujours sans effort et reprend aisément sa position primitive. Ces mouvements faciles, celte molle flexibilité, cette élasticité de la tige, me paraissent, eux aussi,

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gracieux, et cette grâce me semble être un élément nécessaire de la beauté de la fleur.

N’est-ce pas là une illusion? Le lis, privé de celte mollesse dans les lignes et dans les formes, et de cette souple mobilité, ne serait-il pas tout aussi beau ? Voyons. J’ai là un lis de fer-blanc peint, d’un travail merveilleux. Jea tords le métal maniable : je rends les feuilles géométriquement droites. Je fais de même pour les pétales dont je détruis l’évasement. Je soumets à l’action du vent la tige rigide de la plante : elle frémit et ne ploie pas, ou, si elle ploie, elle reste ployée, sans pouvoir d’elle-même se redresser. Ce lis, aux feuilles droites, aux pétales roides et à la tige inflexible, n’a pas de grâce, et, manquant de grâce, il lui reste peu de beauté.

Ainsi, la flexibilité des lignes et des formes, et la souplesse des mouvements, donnent au lis de la grâce, et cette grâce est un élément nécessaire de sa beauté.

Cette grâce n’a pu être impunément diminuée. Pourra-t-elle être accrue impunément? Il faut le savoir. Reprenant mon lis de métal (cette expérience briserait un lis naturel), je retourne plusieurs fois chacune de ses feuilles sur elle-même, en forme de volute; j’enroule de même chaque pétale autour de son extrémité prise pour centre; j’imprime à la tige les sinuosités d’une ligne spirale. Par là, les courbes de la plante sont plus recourbées, plus nombreuses, et la plante affecte une plus grande apparence de souplesse et de llexibililé. Ainsi, j’ai exagéré ce qui en faisait la grâce. En ai-je augmenté la beauté? Tout

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