‹ La science du beau, ses principes, ses applications et son histoireChapitre 41 sur 183 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

1° La connaissance, au moyen des sens, de certaines formes ou signes extérieurs que j’ai appelés beaux.

2° Un jugement de la raison affirmant que ces formes ou signes ne sont beaux qu’à titre d’expression aussi exacte que possible de l’action grande et ordonnée d’une certaine puissance invisible, conçue par la raison sous les signes extérieurs, et belle en tant que conforme, par la grandeur et par l’ordre, à une puissance normale conçue, elle aussi, par la raison.

3° Un second jugement de la raison déclarant que si la puissance invisible, grande et ordonnée, n’est adéquatement exprimée au dehors que parles signes idéaux qui lui correspondent, cependant cette puissance est effectivement belle dès là seulement qu’elle est grande et ordonnée, quelque imparfaits que soient les formes ou signes qui l’expriment ; tandis que ces formes ou signes, fussent-ils idéaux, n’ont qu’une valeur esthétique purement possible, une aptitude expressive de la beauté purement virtuelle, aussi longtemps et aussi souvent qu’ils ne reflètent pas en fait la beauté invisible de la puissance.

4° Une conception rationnelle de la puissance et de l’ordre absolus dans un seul être éternel et infini, idéal vivant de la parfaite beauté. Cette conception est le régulateur suprême de tous nos jugements esthétiques en général.

3° Une conception rationnelle d’un maximum de puissance et d’ordre que chaque genre peut atteindre et qu’il ne saurait dépasser sans cesser d’être lui-

THÉORIE

même. Cette conception est le régulateur prochain de nos jugements esthétiques relatifs à chacun des genres de la nature.

En somme, jusqu’ici, l’ensemble des phénomènes intellectuels produits par le beau sur mon intelligence se ramène au jugement général que voici : La beauté est essentiellement une puissance invisible grande et ordonnée : soit qu’elle se cache, soit qu’elle se manifeste par des signes incomplets, elle n’en est pas moins belle en elle-même et intérieurement, si elle est grande et ordonnée ; manifestée par des signes adéquatement expressifs, elle est belle à la fois intérieurement et extérieurement.

N’essayons pas, pour le moment, de préciser davantage, et passons à l’analyse des effets du beau sur notre sensibilité.

Page 1