PREMIÈRE PARTIE
même, en un mot, des signes reflétant d’autant plus vivement la grandeur et l’ordre des puissances du bel objet que l’enthousiasme de l’admirateur a été plus ardent ; 3 ’ en ce que, par ces actes ou signes, elle a communiqué l’enthousiasme de l'admirateur à ceux qui en ont été témoins et a provoqué de leur part des actes semblables, c’est-à-dire marqués pareillement des caractères du beau lui-même.
Au troisième degré de l’activité esthétique, l’enthousiasme causé par la beauté étant arrivé à ce point suprême qui est l’inspiration, et l’idéal étant apparu aux regards de l’intelligence: 1° lame de l’artiste a agi pour retenir l’idéal invisible en présence de l’esprit et le concevoir tout entier; et cette action, quoique secondée par l’inspiration, a été nécessairement énergique, et régulière ou méthodique, c’est-à-dire grande et ordonnée; 2° l’âme de l’artiste a agi pour concevoir les formes idéales de l’invisible beauté, et cette seconde action, bien qu inspirée comme la première, a été encore énergique et patiente, régulière et méthodique, c’est-à-dire, elle aussi, grande et ordonnée, faute de quoi les formes idéales, conçues sans précision et sans clarté, seraient dépourvues, dans l’œuvre, de netteté, d’harmonie, de proportion et de naturel; 3° l’âme de l’artiste a agi pour conduire sa main et a produit au dehors des formes ou plastiques, ou musicales, ou poétiques, semblables par la grandeur et l’ordre à la beauté représentée.
Ainsi, il faut le croire, puisque les faits eux-mêmes le proclament : sous 1 influence du beau, les facultés actives de notre âme s’exercent avec grandeur et
THKOUIE.
ordre, et par cet exercice fécond produisent des œuvres grandes et ordonnées.
Contre les conclusions de notre analyse de l’activité esthétique, on élèvera peut-être cette objection que l’inspiration est accompagnée habituellement d’un certain désordre qu’on nomme, pour ce motif, le désordre de l’inspiration, et qu’ainsi l’activité esthétique n’est {tas un état de l’àme aussi ordonné que nous l’avons cru et affirmé. Nous demandons en quoi consiste au juste le désordre en question, à quel mo ment précis il se montre, quelles en sont les conséquences. En elle-même, l’inspiration n’est, ce nous semble, ni égarée, ni extravagante, ni furieuse. Ce phénomène est l’épanouissement le plus large, le jeu le plus facile des puissances les plus actives de l’àme. Ce mouvement intérieur, spontané, heureux, ailé en quelque sorte, n’a rien à violenter, rien à renverser, rien à détruire pour s’accomplir : par conséquent sa fécondité n’est au prix d’aucun désordre. De quoi donc veut-on parler ici ? Est-ce de l’agitation inquiète, est-ce des efforts douloureux par lesquels l’artiste est ordinairement obligé de préparer cet état privilégié? Mais celte volontaire excitation n’est nullement l'inspiration elle-même, car celle-ci n’arrive quelquefois que longtemps après qu’a cessé le travail qui la prépare, et, dans tous les cas, dès qu’elle est venue, elle coule de source, comme on le dit, et s’épanche sans plus d’obstacle qu’un fleuve dont le lit est profond et libre. Si son éducation est complète, s’il possède .à fond l’expérience du métier, s’il a enfin longuement mûri son sujet, quand l’inspiration s’allumera en lui,