‹ La science du beau, ses principes, ses applications et son histoireChapitre 66 sur 183 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Métaphysique du beau.

Du beau considéré dans son principe interne et substantiel. P* QUESTION : Le beau a-t-il en dehors de l’àme qui le connaît, le goûte et l’imite, une existence réelle et objective? Analyse et réponse. — 2" question-. Quel est le principe interne, c’est-à-dire la substance du beau? Analyse et réponse. — Éclaircissement des idées de puissance, de grandeur et d’ordre. Définition du beau à la fois par ses caractères et par son principe interne. — Le beau n’est pas la perfection; — le beau n’est pas l’utile. — Méthode à appliquer à l’étude du joli, du sublime, du laid et du ridicule, étude qui doit remplir les chapitres suivants do la première partie.

J’ai résolu, autant qu’il était en moi et sans négliger aucune des précautions de la méthode , les trois premières questions posées en tète de ce travail. Je sais que l'effet du beau sur mon intelligence est d’v produire la connaissance d’une puissance agissant ou vivant avec toute l’énergie propre à son genre et conformément à l’ordre, c’est-à-dire à des lois fixes, conçues et proclamées par la raison. Je sais que l’elîet du beau sur ma sensibilité est de développer grandement et d’une façon ordonnée ma puissance de jouir et d’aimer. Je sais enfin que l'effet du beau sur mon activité est de faire produire à cette faculté de mon âme des actions ou des œuvres marquées du double caractère de la grandeur et de l’ordre» Le moment est

THÉORIE

donc venu d’agiter la quatrième des questions posées au début, celle que j’ai appelée métaphysique et qui consiste à se demander quel est au juste le principe interne qui se cache sous les caractères du beau, c’està-dire sous la puissance grande et ordonnée qui jusqu’ici m’a paru constituer la beauté.

Cette question se décompose naturellement en deux autres :

Premièrement, lorsque je crois connaître le beau soit réel, soit idéal, lorsque je crois le sentir, l’aimer et agir sous son influence, ne suis-je pas dupe d’une illusion ? Ce beau dont j’affirme l’existence ne serait-il pas, d’aventure, une pure imagination de mon esprit, sans aucune réalité extérieure, positive et objective ? Tous ces effets, que j’ai considérés comme produits sur moi par quelque chose qui n’est pas moi, ne seraient-ils pas les résultats d’autant d’actions internes et subjectives, exercées uniquement sur mon âme par mon àme elle-même?

Secondement, si Se beau est quelque chose de distinct de moi-même, existant par soi en dehors de moi, de quelles substances sa puissance est-elle l’attribut ; êt, ces substances étant connues, quelle lumière cette connaissance métaphysique jelte-t-elle sur les caractères de grandeur et d’ordre qui nous ont semblé inhérents à la beauté ?

Essayons de résoudre ces deux questions.

En premier lieu, les effets produits par le beau sur mon âme sont-ils le résultat pur et simple de l’action de mon âme sur elle-même ? J’ai un moyen infaillible de le savoir : ce moyen, c’est le témoignage du sens

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