PREMIÈRE PARTIE
intime, lequel n’est autre chose que la connaissance continuelle et complète que l’àme a d’elle-même. Tout ce qui vient de l’âme ou ne se passe que dans l’âme, l’âme éclairée par le sens intime se l’attribue et s’en considère légitimement comme la cause, ou comme le sujet, ou comme l’un et l’autre à la fois. Au contraire, ce qui ne vient pas de l’âme ou ne se passe pas dans l’âme, l’âme, encore avertie par le sens intime, l’attribue à quelque chose qui n’est pas elle-même et dont l’existence est radicalement distincte de la sienne. Interrogeons donc le sens intime, et demandons-lui si dans le phénomène de la connaissance esthétique, dans le phénomène du sentiment esthétique et dans le phénomène de l’activité esthétique, tout part de lame et se passe dans l’âme.
La connaissance esthétique comprend trois notions : 1° la notion de certains signes expressifs d’une puissance active ou vivante; 2° la notion d’une puissance active ou vivante exprimée par ces signes extérieurs; 3° la notion d’un type idéal auquel ces signes et celte puissance sont plus ou moins conformes, que ce type soit la beauté infinie elle-même, suprême idéal de la puissance et de l’ordre, ou seulement le maximum idéal de puissance et d’ordre que comporte chaque genre, ou T un et l’autre à la Ibis.
Je suppose d’abord que la beauté connue soit celle d’une fleur. Cette connaissance comprend : 1° la perception des signes extérieurs de celte beauté, savoir la forme et les couleurs ; 2° la notion de la puissance végétative exprimée par ces signes ; 3° la notion du type idéal de celte espèce de fleur.
THÉORIE
Lorsque je perçois les signes de la beauté de la fleur, c’est-à-dire la forme et la couleur, mon âme est assurément le sujet de cette connaissance. Mais en est-elle l’objet? Oui, si je pouvais apercevoir la forme et la couleur comme j’aperçois mon âme, avec le seul regard de la conscience. Or, il n’en est rien : les yeux du corps me sont indispensables pour connaître la forme et la couleur des fleurs. Un aveugle-né ne les a jamais connues, et, s’il reste aveugle, il 11e les connaîtra jamais. La couleur et la forme des fleurs, ces signes extérieurs de leur beauté, sont donc des objets autres que mon âme, et ont, par conséquent, une réalité extérieure, effective et objective. Personne n’objectera, je pense, que l’halluciné voit, à la lettre, des couleurs et des formes auxquelles 11e correspond aucune réalité extérieure : il serait trop aisé de répliquer que l’halluciné est un esprit qui se souvient, et que le souvenir d’une forme et de certaines couleurs a pour condition nécessaire la perception antérieure d’un objet réel figuré et coloré. Ainsi les signes sensibles de la beauté d’une fleur sont des réalités extérieures et objectives, distinctes de mon âme qui les perçoit.
En est-il de même de la puissance végétative de la fleur? Cette fois, ce n’est plus au moyen de mes yeux que j’ai connu; c’est au moyen de ma raison, laquelle, sous les phénomènes qui sont la vie de la fleur, a conçu et affirmé la présence d’une certaine puissance de végéter. Mon âme est donc encore le sujet de celte seconde connaissance. En est-elle l’objet? Oui, si le sens intime déclare qu’entre la puissance végétative