‹ La science du beau, ses principes, ses applications et son histoireChapitre 70 sur 183 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Où donc est ce modèle idéal qu'imitent à l’heure qu’il est tous les germes des chênes h venir? Car s’il n’existe nulle part, il est impossible qu’il soit suivi. Mais il est suivi, c’est un fait éclatant comme la lumière du jour. Et comme il n’est ni dans la nature prise au sens vague et nul de ce mot, ni dans la nature individuelle de chaque gland, ni dans mon seul entendement dont les chênes ont précédé l’existence et l’exercice, une seule chose reste qui s’impose à ma raison avec toute l’autorité de l’évidence, c’est que le type idéal du chêne et les types idéaux de tous les genres d’êtres soient dans l’entendement même de Dieu. Ce type du chêne, c’est donc la pensée même de Dieu, ou, pour parler rigoureusement, c’est Dieu pensant ce type, comme il pense les types idéaux de tout ce qui naît, vit, meurt ou 11e meurt pas dans le monde. Or, l’entendement divin n’est pas mon entendement ; il ne se confond avec aucune des facultés de mon âme : donc la beauté idéale de chaque espèce d’êtres existe d’une existence pour moi objective, éminente, effective, en Dieu, h litre dépensée éternelle de l’éternelle intelligence.

O11 le voit: dans la beauté d’une Heur, d’un arbre, d’un animal, tout ce que je connais de cette beauté, c’est-à dire les signes expressifs de la puissance, la puissance exprimée, et le type idéal auquel sont conformes les signes et la puissance, tout cela existe en dehors de mon âme à litre de réalité objective. Celte beauté 11e dépend pas de la connaissance que j’en ai : elle ne varie pas avec et comme ma connaissance ; elle ne liait pas quand se forme ma connaissance; elle 11e

THÉORIE

périt pas quand ma connaissance se détourne ailleurs ou s’évanouit. Dieu n’eut-il créé jusqu’aujourd’hui aucun être capable de connaître le beau, les belles Heurs n’en existeraient pas moins et n’en seraient pas pour cela moins belles. Tout au contraire, ma connaissance esthétique dépend de l’existence de la beauté. Cette connaissance est un effet ; le beau en est la cause, et cette cause est extérieure et autre que la cause que je suis moi-même. Ceux-là donc se trompent qui prétendent que le beau ne serait pas, ne serait rien, si l’esprit de l’homme n’était pas là pour le comprendre.

En appliquant la même méthode d’analyse à la beauté d’un enfant, à celle de la vie d’un sage ou d’un saint, à celle d’une statue ou d’une sonate, on aboutira toujours à ce résultat que la beauté, en même temps qu’elle se réfléchit subjectivement dans mon esprit, a par elle-même une valeur objective, une existence réelle et à elle propre en dehors de mon âme.

Cependant, si c’est de la beauté de mon âme qu’il s’agit, si c’est mon âme qui est belle et qui se connaît telle, la beauté, dans ce cas, ne devient-t-elle pas une chose tout intérieure et exclusivement subjective ? Nous n’aurions pas entièrement dénoué la difficulté si nous laissions cette question sans réponse.

Il est certain que lorsque mon âme est belle et que je la connais telle, la beauté connue et le sujet qui la connaît n’étant qu’un seul et même être, cette beauté affecte un caractère profondément subjectif. Néanmoins celle subjectivité si profonde n’est pas encore absolue et radicale. La connaissance que j’ai de la beauté de mon âme (quand elle a le bonheur d’être belle un ins-

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