‹ La science du beau, ses principes, ses applications et son histoireChapitre 72 sur 183 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Donc les effets produits par le beau sur mon àme en tant qu’intelligente ne sont pas le résultat pur et simple de l’action de mon âme sur elle-même, excepté lorsque c’est mon âme elle-même que je trouve belle ; encore, même dans ce dernier cas, ne serait-il pas exact de dire que la beauté par moi connue soit radicalement subjective, puisqu’en même temps qu’elle est connue, celle beauté est réelle et vivante.

Mais nous avons précédemment établi que le beau est senti et goûté seulement après avoir été connu et toujours tel qu’il a été connu. Or, le beau est toujours connu à titre soit de réalité vivante et objective, soit de réalité simplement agissante et objective, soit de réalité subjective, il est vrai, mais néanmoins vivante. Conséquemment, les effets produits par le beau sur ma sensibilité ont une cause extérieure agissant et existant objectivement. Même quand c’est la beauté de mon âme que je goûte et que j’aime, quoique ce qui goûte et aime soit identique à ce qui est goûté et aimé, toutefois ce qui est goûté et aimé est un être vivant dont la subjectivité n’est pas celle d’une imagination ou d’un pur rêve. Enfin, dans ce dernier cas, ce n’est pas la seule beauté de l’âme qui est aimée et goûtée par l’âme, c’est aussi le type idéal qui est goûté et aimé dans l’âme qui le réalise selon ses forces. Ainsi il n’est que vrai de dire qu’il y a de la réalité objective en présence de toutes nos admirations, de même qu’il y a de l’être dans toutes nos pensées.

En troisième et dernier lieu, ce n’est pas non plus mon âme toute seule qui s’excite et se féconde ellemême lorsqu’une beauté que je ne m’attribue pas met

THÉORIE

en mouvement l’énergie, quelle qu elle soil, de mon activité esthétique. L’activité esthétique n’est que la conséquencede l’admiration, c’est-à-dire du sentiment esthétique et de la connaissance esthétique. Cette activité a donc pour cause la cause même qui a produit d’abord la connaissance du beau, puis, par cette connaissance, le sentiment du beau ; et nous venons de voir que cette cause est un objet réellement existant en dehors de lame. Nul, en elïet, 11e créera jamais quelque chose de beau, fût-ce de la plus médiocre beauté, sans un certain degré d’inspiration. Mais être inspiré, c’est sentir vivement le beau ; sentir vivement le beau, c’est l’avoir clairement aperçu et l’avoir comparé à son type fortement conçu ; c’est donc, qu’on l’avoue ou non, avoir contemplé la beauté objective et vivante dans tel être particulier et avoir conçu l’idéal, lequel, nous nous en sommes assurés, existe en Dieu d’une existence par rapport à nous objective. Au reste, regardez l’artiste qui veut ouvrir ou alimenter en lui-même les sources de l’inspiration : s’enferme-t-il dans l’ombre et le silence de son foiintérieur ? Tou! au rebours, il sort de lui-même; il repaît son esprit du spectacle de tout ce que les hommes ont fait de grand ; plus souvent encore il le soumet aux fortes et vivifiantes influences de la nature dans sa beauté. Ce n’est qu’après avoir reçu en luimême le rayonnement fécond de la beauté objective qu’il ferme les yeux, qu i! se recueille et qu’il médite avec quelque espérance de succès, témoignant ainsi que si l’àme de l’artiste est la mère de ses œuvres, c’est le beau lui-même qui en est le père. •

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