‹ La science du beau, ses principes, ses applications et son histoireChapitre 73 sur 183 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Je puis donc le dire maintenant : le beau est, nonseulement aux. yeux de mon intelligence, non-seulement à le juger d’après ses effets sur ma sensibilité et sur ma volonté, mais encore objectivement, dans la réalité des choses et en lui-même, une puissance qui agit ou qui vit grandement et conformément à l’ordre du genre d’êtres auquel appartient cette puissance.

Par l’effort que nous venons de faire, nous avons franchi les limites de la psychologie et nous sommes entrés en pleine métaphysique; sur ces terres nouvelles, qui ne sont plus celles qu’éclaire exclusivement le jour de la conscience, nous allons tâcher de pénétrer aussi loin qu’il est possible. Nous aurons touché le terme de nos recherches sur le beau, si nous parvenons h résoudre encore cette question : quelle est la substance, quel est le principe interne qui a pour attribut cette puissance dont l’action ou la vie grande et ordonnée constitue partout et toujours la beauté ?

Le beau, dit la conscience et répète la raison, est une certaine puissance d’agir ou de vivre. Sans action et sans vie, pas de beauté. Qu’est-ce donc qu’une puissance soit d’agir, soit de vivre? Comment le savoir? Le monde est rempli de puissances : puissance lumineuse desastres; puissance résistante de la matière; puissance végétative des plantes et des arbres: puissance vitale des animaux; puissance bienfaisante ou malfaisante des hommes mes semblables ; puissance infinie de Dieu; de quelque côté que je tourne mes regards, la puissance est devant moi. Mais toutes ces puissances, comment les ai-je connues? Est-ce

THÉORIE

directement, comme je connais la lumière, la couleur et tout ce qui frappe mes sens ? Non certes : la puissance en dehors de moi est toujours couverte de l’enveloppe des phénomènes. Ai-je connu ces puissances par la vue de la conscience, plus directe encore et plus immédiate que celle des organes ? Pas davantage, car aucune de ces puissances n’est moi. Et pourtant, j’affirme l’existence de ces puissances. Il faut donc que je les connaisse indirectement et médiatement. Pour arriver à cette connaissance, il faut que je sois passé par quelque autre. Quelle est cette autre connaissance que j’ai traversée et au-delà de laquelle mon esprit a saisi les puissances autres que celles qui sont à moi ?

Je connais immédiatement les puissances qui s’exercent en moi-même. Lorsque je dis : Je pense, j’agis, j’aime, c’est comme si je disais : J’ai la puissance de penser, j’ai la puissance d’agir, j’ai la puissance d’aimer. Je sais d’une certitude absolue que chacune de ces puissances c’est moi, rien que moi, vivant d’une manière déterminée. La puissance en moi est donc l’un des attributs de mon âme ou l’une des facultés qu’a mon âme de vivre de telle manière. Je sais, en outre, toujours d’une certitude absolue, qu’aucune de ces puissances ou facultés ne peut exister par ellemême et n’est rien, séparée de l’âme qui la possède et qui l’exerce. Je sais encore que lorsque j’agis, ce qui agit en moi c’est un seul être, simple, indivisible, incorporel, identique à lui-même tant qu’il dure. De même quand je pense, de même quand je souffre. Et ces trois façons d’exister : penser, agir, souffrir, je les

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