‹ La science du beau, ses principes, ses applications et son histoireChapitre 74 sur 183 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

rapporte toutes invinciblement, malgré leurs dilférences, à un seul et même principe indivisible que j’appelle mon âme. Par conséquent, en moi, la puissance c’est l’âme elle-même, l’âme simple, indivisible, unique, incorporelle, vivant d’une certaine manière, parce qu elle possède naturellement la faculté de vivre ainsi, et qu elle exerce cette faculté.

Ce fait de la simplicité du principe de ma vie interne une fois connu, ma raison aussitôt l’universalise et affirme que toute véritable puissance d’agir ou de vivre est l’attribut d’une substance unique, simple, indivisible. Toutefois, comme ce jugement de ma raison est gros de conséquences, je veux l’éprouver en essayant d’affirmer et d’admettre le jugement contraire. Je propose donc à ma raison de croire qu’une véritable puissance d’agir ou de vivre a pour principe une substance divisible. Mais ma raison s’y refuse et m’oppose l’argument que voici : Supposons, dit-elle, que le sujet d’une action incontestablement une soit aussi peu composé que possible, et, par exemple, de deux molécules, sans plus; tout de suite il en va résulter ou une absurdité ou le renversement de l’hypothèse. En effet : ou bien ces deux parties du même principe posséderont et exerceront, chacune de son côté, la puissance d’agir, et, dans ce cas, il y aura deux actions au lieu d’une, ou deux vies distinctes au lieu d’une seule vie; ou bien la puissance d’agir résidera exclusivement dans l’une des deux parties, et dès lors l’autre partie est inutile et ne saurait exister. Même raisonnement et mêmes conséquences, si je divise, ou du moins si je suppose divi-

THÉORIE

sible, ne fut-ce qu’en deux éléments, la partie de l’être dans laquelle a été concentrée toute la puissance. En sorte que la conscience, la raison et le raisonnement sont unanimes à prononcer que toute puissance d’agir est la propriété ou faculté d’une substance indivisible, au dehors de moi aussi bien qu’en moi.

Mais toutes les puissances actives ne sont pas actives au même degré ni de la même façon. Les unes produisent leurs actes sans le savoir ; les autres, comme les animaux, agissent, connaissent et souffrent ou jouissent plus ou moins, et sont par conséquent plus ou moins douées de conscience, mais dépourvues de raison et de liberté ; d’autres enfin , comme les hommes, ont reçu le libre arbitre , la conscience morale, la responsabilité et l’éminent caractère delà personnalité. Les philosophes appellent les premières des forces, les secondes des âmes simplement, et les dernières des âmes libres.

Ainsi, j’ai résolu la quatrième des questions posées en tète de ce travail. Je sais, à l’heure qu’il est, non seulement que le beau est toujours une certaine puissance, mais encore quel est le principe interne et substantiel de cette puissance : ce principe, c’est ou la force, ou l’âme soumise à l’instinct, ou l’âme libre : dans tous les cas, c’est un être simple, immatériel, absolument indivisible et invisible ; bref, pour parler comme Leibniz, c’est une monade.

L’idée de puissance vient de s’éclairer à mes yeux d’un jour tout nouveau qui m’en a fait mieux comprendre la réalité objective et la nature substan-

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