PREMIÈRE PARTIE
lielle. Au moyen de cette lumière peut-être réussiraije à élucider encore et à comprendre mieux que précédemment les deux idées de grandeur et d ordre qui m’ont paru former, avec l’idée de puissance , l’essence même de la beauté.
Puisque la puissance n’est que la force développant ses propriétés ou l’âme exerçant ses facultés, la grandeur de la puissance n’est que la force développant grandement ses propriétés ou l’âme exerçant grandement ses facultés. Toutefois, cela dit, il reste à savoir ce que c’est qu’un grand développement des propriétés de la force et ce que c’est qu’un grand exercice des facultés de l’âme. Et d’abord, il est évident que les propriétés de la force se développent grandement lorsque les effets s’en font sentir sur une vaste étendue : telle est, par exemple, l’action d’un immense incendie dont le feu dévore un nombre considérable de maisons. Mais, en outre, pour que la propriété de la force se développe grandement, il faut qu’elle agisse avec intensité sur chacun des points de l’étendue où elle se fait sentir. Ainsi, la force vitale qui produit un géant est grande sans doute, mais elle ne l’est pas assez si le géant, malgré sa grande taille, demeure toute sa vie mou, débile, sans nerf. Enfin, la force qui développe largement et avec intensité sur tous les points ses propriétés actives n’a pas encore son entière grandeur si ses mouvements sont roides, pénibles. facilement entravés et difficilement multiples. La facilité est donc le troisième caractère d'une grandeur complète dans la force, et ordinairement ce caractère est la conséquence naturelle des deux pre-
THÉORIE
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miers. Partant, la grandeur dans la puissance de la force, c’est la force agissant sur une vaste étendue, avec intensité sur chacun des points de cette étendue, et avec une facilité qui rend tous ses mouvements libres, souples et, au besoin, abondants et multiples. Maintenant le mot de grandeur a pour nous un sens clair et précis. Ce n’est plus une expression abstraite ou confusément concrète : c’est le signe de quelque chose de positif, d’actif, d’énergique, surtout de réel. Mais comme nulle puissance n’est une puissance véritable qu’à la condition d’avoir les trois caractères de grandeur que nous venons de déterminer ; comme la puissance n’est proprement que la réunion effective de ces trois caractères, il nous sera permis de substituer désormais au terme de grandeur en général, ou aux trois termes d’ étendue, d'intensité et de facilité , le terme unique de puissance. Ainsi, lorsque dans la suite de ce travail nous emploierons le mot de puissance en l’appliquant à la force, nous entendrons par là le complet développement de l’énergie de la force, au triple point de vue de l’ampleur en étendue, de l’intensité et de la facilité.
Si nous considérons à cette heure non plus la grandeur de la force, mais la grandeur de l’âme, nous y verrons se dessiner encore les trois caractères d’étendue, d’intensité et de facilité. Par exemple, tout le monde convient qu’une intelligence humaine ne saurait être belle si elle n’est grande. Eli bien ! en quoi consiste ici la grandeur? Assurément une grande intelligence, c’est une âme exerçant sa faculté de connaître sur une vaste étendue d’objets ou sur des objets tellement